Flirter avec la poésie et la mélancolie, tel est le savant dosage de la plus rockeuse des poétesses, Patti Smith.

La nouvelle galerie Gallimard réussit son tour de maître, en ouvrant avec une exposition éphémère autour de la figure magnétique de Patti Smith et de la parution de son édition illustrée Just Kids. La manifestation tire le rideau le 18 novembre mais laisse un coffret luxe, en édition intégrale, en vente à la galerie Gallimard.
Parmi ses influences majeures, Arthur Rimbaud apparaît comme le chef de file, Jean Genet le talonne de près, sans omettre le bien nommé « l’Homme révolté », Albert Camus. Toutes ces figures jalonnent l’exposition avec de nombreux documents iconographiques et manuscrits. Les ombres de ces auteurs planent également dans ses livres autobiographiques Just Kids ou M Train.

Véritable trublion de l’art contemporain, la musicienne américaine sème le trouble jusqu’au Grand Palais, à Paris Photo, en y exposant les clichés qu’elle capture depuis 1978 sur le stand de la galerie Gagosian (« Curated by Patti Smith »). Armée d’un simple Polaroid Land 250, la photographe fige à son tour ses souvenirs teintés d’amertume et de solitude où plane l’ombre de la mort. Ses photographes de prédilection accompagnent ses archives qui révèlent des clichés de Diane Arbus, Eugène Atget, Richard Avedon, Cy Twombly ou Andy Warhol. Ancienne muse de Robert Mapplethorpe, elle compare le binôme qu’elle formait avec lui à Hansel et Gretel, « partis à l’aventure dans la forêt noire du monde ». 

À l’aurore de ses 71 ans, la madone du punk rock et le condensé d’avant-garde qu’elle incarne continue d’irriguer les champs de l’art contemporain.
Manier les médiums, jongler avec les cultures (populaires/savantes), mêler les temporalités et tonalités… De Mozart au hip hop, du Pop Art à la photo documentaire, de la poésie à l’underground, ses influences et son empreinte esquissent un chasse-neige qui rassemble autant qu’il brasse, qu’elle opère avec brio, sans s’interdire les virages. Son jeu favori ? La métamorphose. Pas étonnant que Rimbaud apparaisse en filigrane dans sa carrière. « Je » est un autre.