Une fois de plus, Arthur Jafa ne nous ménage pas : difficile d’osciller avec une telle virtuosité entre la torpeur et la beauté, l’effroi et l’onirisme. Love is the message, the message is death (2016) ne déroge pas à la règle, par ses images-mouvements lovées dans une tente et envoûtantes, servies par une musique à mi-chemin entre gospel et hip hop, composée par Kanye West.

Après être passé par les murs du Met Breyer à New York cet été, à la fondation Luma de Maja Hoffmann (Arles), au Museum of Contemporary Art de Detroit, au Moca de Los Angeles, l’installation a une nouvelle adresse jusqu’à fin décembre, la Vinyl Factory (180 The Stand), événement organisé par la Serpentine Gallery. Représenté par le galeriste new yorkais Gavin Brown, Arthur Jafa alimentait la conversation sur les stands de la Frieze l’automne dernier.

En point de mire, l’histoire de la condition des Noirs aux États-Unis narrée dans une tente. Outre le caractère onirique, l’objet est mis en exergue en tant que référence historique à une coutume du sud des États-Unis où les fidèles chrétiens se réunissaient dans un chapiteau, dressé spécialement pour des rassemblements, des guérisons ou pour écouter un prédicateur parler.

« Nous sommes des produits illégitimes de l’Ouest. Nous sommes des descendants d’Africains. Nous sommes des bâtards. Dans une société où l’on occupe soit la position d’objet, soit la position de sujet, nous sommes entre les deux, dans la situation entre l’objet classique et le sujet classique ». Dans le passé d’esclave du peuple noir aux États-Unis, seule la musique, expliquait l’artiste, gardait un statut privilégié. En 7 minutes ascensionnelles, la vidéo retrace l’identité afro-américaine à travers des photographies des leaders des droits civiques, en fondu superposé à des émeutes de Los Angeles. Pris sous le joug de la simultanéité des événements et des sensations, le spectateur goûte au vertige.
Par une expérience multisensorielle, Arthur Jafa sollicite nos sens pour interagir avec un message politique aussi nécessaire que fulgurant. Porté à l’incandescence, Love is the message, the message is the death », ravive les braises.

 

 

Carte d’identité
Nom : Arthur Jafa
Naissance : 1960, Tupelo
Adresse : Los Angeles
Lieux d’expositions : Whitney Museum of American Art, New York (2001) ; Media City, Séoul (2000) ; Black Box, CCAC Institute, Oakland, Ca. (2000), Artists Space, New York (1999).

 

 

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