Comment Art Paris Art Fair s’est-elle imposée avec éclat dans le monde de l’art  ?

Je suis arrivé en 2012, après avoir été directeur de Paris Photo. Art Paris Art Fair a été créée en 1999 comme une foire parallèle à la FIAC en soutien du marché de l’art français. Elle a été selon moi une «  anti-Fiac  » pour devenir une double FIAC à partir de son installation au Grand Palais à partir de 2006 sur ses dates de printemps sans vraiment convaincre.

Il fallait donc redonner une âme à cette foire, retravailler son identité, son image et lui donner un rayonnement.  Nous avons refondé toutes les bases de la foire à partir de 2012 en créant un département VIP, un parcours pour les collectionneurs, une direction de la communication et des partenariats, etc…

Au niveau de l’orientation stratégique, nous nous sommes concentrés sur deux axes  :

la promotion des nouveaux horizons de la création internationale (Afrique, Asie, Moyen-Orient) et l’exploration des scènes européennes de l’Après-guerre à nos jours mais observées sous l’angle régional, en montrant ce qui se passe à Marseille, Milan, Zurich, Munich, etc., plutôt que de s’en tenir toujours aux grands centres que sont Londres, New York, Berlin.

Nous avons développé des axes thématiques qui privilégient la découverte, notamment avec la création du secteur Promesses depuis 2013 qui accueille de jeunes galeries  internationales, dont 45% du stand est pris en charge par la foire.

Car notre rôle est de faire découvrir des galeries et des artistes que l’on ne connaît pas et de soutenir les nouvelles générations.

Nous sommes soucieux de pédagogie et d’être une foire accessible. Nous travaillons avec l’Observatoire de l’Art contemporain  pour offrir 80 visites-décryptages à nos VIP car on va toujours vers ce que l’on connaît et ces visites permettent aux collectionneurs de  faire des découvertes et déclenchent des achats.

Aujourd’hui l’image d’Art Paris Art Fair est bien définie et elle n’est plus le «  salon des refusés  ».

Après l’Asie et l’Afrique, c’est aujourd’hui la Suisse qui est à l’honneur. Comment s’est fait votre choix  ?

Cette année, il s’agissait de faire un recentrage européen et la Suisse, en bien des points, répond à la stratégie d’Art Paris  : elle est à la croisée de toutes les traditions européennes et par sa situation géographique au cœur de l’Europe. Il s’agit d’un modèle régionaliste et l’art contemporain irrigue tout le territoire, même jusque dans les montagnes.

Le projet reflète les caractéristiques de la scène suisse  ; étant le pays qui a la plus forte densité de collections et de fondations en Europe, nous avons invité la collection de la compagnie d’assurance Helvetia, axée uniquement sur l’art suisse et constituée dès 1940 (1700 œuvres par 1400 artistes)  ; nous mettons l’accent sur l’art vidéo, dans lequel la Suisse est très performante  : dans la Project Room, seront présentées 25 vidéos de 25 artistes femmes suisses, façon de rappeler que la vidéo apparue dans les années 1970 a des liens avec le droit de vote accordé en 1971 aux femmes  ; les Suisses ayant le goût des pratiques in situ, nous avons instauré une nouveauté en dédiant 4 murs à 4 artistes qui vont faire des compositions all over, en peinture, photo, etc.  ; pour marquer l’excellence des Suisses dans l’art numérique, 3 artistes représentant les trois régions linguistiques feront des projections numériques en façade.

Figureront au total une centaine d’artistes suisses, représentés aussi bien par des galeries helvètes qu’européennes.

Cette édition met aussi l’accent sur l’art français,  avec «  Un regard sur la scène française  » concocté par François Piron  : 20 projets vont mettre en lumière des figures singulières et atypiques des années 1960 à nos jours, restées en marge de l’histoire dominante, laquelle doit toujours être réécrite au fil des générations. On verra une sélection très intéressante, incluant notamment Frédéric Pardo, dandy du Paris psychédélique des années 1970 (Galerie Loevenbruck), François Arnal (Galerie Sobering)  ou une collection inédite de dessins de Roland Topor de chez Robert Vallois (Galerie Vallois). En cette année 2018 marquée par l’élection d’Emmanuel Macron, c’est une manière pour nous de contribuer au soutien de la scène française.

À travers le secteur « Promesses », peut-on déceler  dans la création émergente européenne un socle commun ?

Il n’y a plus de mouvements et la création aujourd’hui est atomisée à l’image de la société, même si quelquefois se dessinent des thématiques transversales, telles que l’intimité, l’identité, le corps, l’environnement, etc. Mais il est difficile de généraliser.

Comment se pense et s’organise le travail de commissariat d’exposition  ?

Cela représente un travail énorme, impliquant des discussions à tous les niveaux et dans tous les domaines, y compris diplomatique  !

Chaque édition est un pari et ne se ressemble pas. Le métier est complexe car il faut tout à la fois être un bon organisateur, avoir une vision artistique, connaître le marché de l’art et ses différents acteurs (galeries, artistes, collectionneurs, curators, directeurs d’institutions…).

Quelle est la place du digital dans l’organisation d’Art Paris  ?

Nous avons un site web très élaboré  qui permet promotion et diffusion de ce qui est exposé. Il sert à bien préparer sa visite  ; nous avons l’accord des galeries pour diffuser durant la foire les photos des œuvres et nous veillons à ce qu’il soit possible d’appréhender leur taille réelle (sur la photo, présence d’un élément qui donne l’échelle)  ; de plus, on peut effectuer une visite virtuelle de chaque stand pendant et après la foire sur une période d’un an. Nous avons mis en place des filtres de recherche par artiste, ordre de prix, origine géographique, technique…

Côté galeries, le trafic les concernant sur le site leur est communiqué, de sorte qu’elles peuvent évaluer les retombées de la foire via le digital.     

Art Paris Art Fair, au Grand Palais du 5 au 8 avril 2018

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