Minjun-Yue

Yue Minjun (1962)



Biographie

Yue Minjun naît en 1962 dans la province de Hei Long Jiang située au nord-est de la Chine, au sein d’une famille vivant de l’industrie du pétrole. À son tour il se fait embaucher sur une plate-forme en pleine mer mais entreprend aussi à l’Université du Hebei une formation en peinture de 1985 à 1989. Il peint des portraits de ses collègues et des marines, jusqu’à la découverte d’un autoportrait de Geng Jianyi au visage hilare en 1989, peu de temps avant les événements de Tian’anmen. Dès l’année suivante, Yue Minjun rejoint une communauté d’artistes à Pékin et s’engage dans un style original à multiples facettes.

C’est l’époque où certains artistes restés en Chine développent une esthétique conceptuelle et provocatrice baptisée New Wave '85, art contemporain qui se veut chinois et opposé au réalisme socialiste officiel ; tandis que d’autres créent le courant du Réalisme cynique et du Pop politique -appellations données par le critique d’art Li Xianting- qui vise à détourner les ressorts visuels de la propagande étatique. Comme son nom l’indique, ce courant (représenté notamment par Fang Lijun né en 1963 et Liu Wei né en 1965) adopte la figuration humaine pour signifier son désenchantement face à l’évolution politique de la Chine, marquée par la répression de Tian’anmen après celle de 1987, lors des manifestations d’étudiants réclamant plus de démocratie.

Bien qu’il revendique son indépendance, Yue Minjun apparaît en phase avec cet élan artistique. Il s’agit pour lui d’exprimer avant tout une sensation personnelle, entraînant un repli sur soi, une fermeture à l’art chinois traditionnel mais aussi à la réalité présente, du fait qu’on se trouve dans l’incapacité d’agir pour la modifier.

À ce malaise correspond une figuration dérangeante : des personnages à la peau trop rose et trop luisante peuvent se multiplier comme des clones aux visages figés le plus souvent dans un rire forcené et inquiétant. Bouches démesurées à la dentition impeccable, yeux clos sur la réalité du monde peuplent des compositions en gros plan ou aux effets de perspective qui doivent ébranler le spectateur.

Dans les premières œuvres, apparaissent, d’un personnage à l’autre, différents types de rires mais bientôt toute trace de personnalité disparaît derrière les masques rieurs, seuls leur posture et/ou le contexte révélant une nuance sémantique. Car il s’agit de dénoncer l’autoritarisme du pouvoir brimant les aspirations personnelles. D’ailleurs, s’il prend d’abord comme modèle ses amis étudiants en prise avec les événements de Tian’anmen (On the Rostrum of Tiananmen, 1992), Yue Minjun donne bientôt à ses figures en série son propre visage.

L’artiste assume une vulgarité en phase avec le goût populaire ; sa peinture laide mais authentique doit « rendre à l’art toute sa force ».

Ironie, sarcasme, dérision, douleur habitent ses toiles où le rire se montre plus fort que la haine : il exprime la résistance par la dénonciation mais aussi une libération freudienne ou compensation nietzschéenne et un désenchantement, en détournant les poncifs imposés par le régime, telle la mise en scène de masses humaines instrumentalisées comme des pantins, toute individualité étant étouffée et même annihilée. C’est, sous une apparence comique, ce que montrent Great Joy (1993),  Sheep Herd (2001) et la série Memory de 2000.

Il en vient à étendre le champ de sa critique au-delà des frontières chinoises : Gweong Gweong (1993) dénonce la guerre avec ses bombes humaines larguées par des avions, Everybody connects to everybody (1997) alerte sur les dérives générées par la pratique d’Internet.

Une partie de la production de Yue Minjun révèle des emprunts à des specimens célèbres de l’art occidental classique ou contemporain. Il adopte le bleu idéal des piscines de David Hockney pour colorer la mer où se noie un joyeux Chinois face à un bateau de touristes ravis du spectacle, qui s’affairent à le prendre en photo (Bystander, 2011). Mais surtout il pastiche des tableaux occidentaux en remplaçant les personnages par des Chinois hilares, que le thème original soit religieux, comme le céphalophore -image du saint martyre chrétien- dans Sans titre (1994), ou politique (The Execution, 1995, d’après L’Exécution de Maximilien de Manet), en les insérant parfois dans un univers chinois (La Liberté guidant le peuple, 1995-1996, d’après Delacroix) ou bien en les vidant de leurs personnages pour ne conserver que le décor (La Mort de Marat, 2002, d’après David) : de quoi frapper l’observateur pour l’inciter à réfléchir car il affirme qu’élever la pensée est le but de l’artiste. Il applique le même procédé à des œuvres chinoises (The Gutian Conference, 2011, d’après le tableau de He Kongde de 1972), tandis qu’il détourne des symboles chinois, tels des idéogrammes (formant un labyrinthe en trois dimensions) ou la Grande Muraille, pour signifier l’emprisonnement des esprits (Mao Xinglan, 2007).  

Parfois le visage fait une grimace pour s’interdire de rire. C’est le cas de Memory 3, tête scalpée dans laquelle nage Mao, qui révèle ainsi une autre facette de l’art de Yue Minjun, la production de toiles d’inspiration surréaliste : anachronismes et images oniriques, où les animaux tels que dinosaures et oiseaux interviennent souvent, montrent des hommes toujours hilares volant dans l’espace au milieu des planètes, chevauchant grues en vol ou autruches au sol, évoluant près d’une voiture Audi parmi les dinosaures (HA-AD 3009, 2008) jusqu’à devenir homme-dragon (I am Dragon 3, 2008).

La sensation recherchée par l’artiste peut toucher son intimité la plus profonde, lorsqu’en hommage à son père victime d’un accident mortel, il évoque un voyage vers le paradis (Sky, 1997).

De fait, il s’agit bien pour Yue Minjun d’exprimer, au-delà de la pure critique politique, une douleur, qu’elle soit personnelle ou collective.

(Martine Heudron)

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Expositions/Bibliographie

Yue Minjun and the Symbolic Smile, Queens Museum, New York, 14 octobre 2007-6 janvier 2008

The Spirit Scenes from Time Past : Yue Minjun Solo Exhibition of Paintings Series Landscapes with No One, Shanghai Gallery of Art (Chine)
The Archaeological Discovery in A.D. 3009, ARoS Aarhus Kunstmuseum (Danemark), 26 mars-5 juin 2011

Yue Minjun : L’Ombre du fou rire, Fondation Cartier pour l’art contemporain, Paris, 14 novembre 2012-17 mars 2013
Yue Minjun, Neo Idolatry, Macau Museum (Chine), 21 novembre 2013-16 février 2014

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Revue de presse

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