Sigmar-Polke

Sigmar Polke (1941-2010)



Biographie

Sigmar Polke naît en 1941 à Oels en Silésie (auj. Olesnica, Pologne) mais dès 1953 ses parents s’enfuient et s’installent en RFA. À Dusseldorf, après un apprentissage dans une fabrique de vitraux, il intègre en 1961 la Kunstakademie d’où il sort diplômé en 1968. Avec ses condisciples Gerhard Richter et Konrad Lueg (qui deviendra galeriste sous le nom de Konrad Fischer), il fonde en 1963 le Kapitalistischen Realismus ou Réalisme Capitaliste, en réaction au Réalisme socialiste -imposé par l’empire soviétique dans les pays de l’est- mais aussi au Pop Art américain d’un Warhol ou d’un Rauschenberg, perçu comme promoteur de la société de consommation, alors en plein essor en RFA.

De fait, en 1964 Sigmar Polke qualifie son mouvement de néodada : dès lors, subversion et désillusion face à la situation des deux Allemagnes, aux idéologies politiques, sociétales et artistiques s’exprimeront par un « anti-art », extraordinairement protéïforme dans le choix débridé des matériaux, des techniques et dans leur mise en œuvre, et dont le propos n’est pas de créer de la beauté mais bien plutôt de la « bad painting ». Ainsi, faisant contrepied au matérialisme, il affectionne outils et matières de mauvaise qualité qu’il amalgame aussi bien sur une seule pièce, rendant ses œuvres fragiles et difficiles à pérenniser.

 

Dans son travail pictural, Sigmar Polke se révèle un expérimentateur invétéré. Il prend comme support la toile, le papier ou le métal mais aussi différents tissus imprimés d’ameublement qu’il peut assembler ensemble. Il joue avec le support : la toile peut être rendue translucide par un ajout de résine et il lui arrive de peindre le sujet également au dos ; à partir des années 1980, il superpose jusqu’à 8 couches de laque sur du tissu de décoration pour obtenir une transparence mystérieuse qui donne ainsi une fonction plastique au châssis, l’effet subtil et troublant étant encore accru s’il disperse des colorants entre les couches, comme dans son Triptychon (1996) irisé de tout un spectre de couleurs.

De fait, il utilise des produits très variés : « À la peinture traditionnelle et aux laques, aux pigments purs, s’ajoutent des mixtures à base d’aluminium, de fer, de potassium, de manganèse… Polke prend un malin plaisir à mélanger térébenthine, alcool, méthanol mais aussi noir de fumée ou cire à cacheter aux laques les plus corrosives et les plus décapantes », raconte le commissaire d’expositions Harald Szeemann qui ajoute : « Il consacre beaucoup de temps et de souci au brossage des pigments, il laisse rouiller les peintures par dispersion de limaille de fer (…). » Cire d’abeille et même arsenic ne sont pas absents de sa panoplie, complétée aussi par des produits issus de sa pratique en autodidacte de la photographie depuis les années 1970 : il développe à partir des années 1980 l’usage de substances photosensibles pour recouvrir le support, obtenant un tableau qui se transforme au gré de la lumière et du taux d’humidité (Biennale de Venise, 1986). Le temps devient ainsi coauteur de l’œuvre aux côtés de l’artiste, en se faisant l’écho de la fragilité et de la précarité de nos sociétés.

 

Son goût pour l’expérimentation touche aussi à la réalisation du motif. Très tôt, il introduit dans ses peintures des images constituées de points tramés, transposition très agrandie de clichés photographiques, qu’il trouve dans les imprimés de presse dévolus à la consommation et aux loisirs : satire de la duplicité des images publicitaires servies en abondance et vision sans concession sur le monde, comme passé au crible pour en éliminer le superflu et le révéler tel qu’il est (Freundinnen ou Amies, 1965 ; Intérieur, 1966).

La photographie encore ou bien la copie d’écran lui procurent des images qu’il manipule, au point de les détruire partiellement ou de les transformer pour aboutir à un récit fragmentaire, souvent à demi dissimulé dans le tableau fait de multiples couches, de sorte qu’il apparaît telle une hallucination ou une image rêvée. Ses sources relèvent aussi bien de l’iconographie triviale du quotidien que de styles variés comme le romantisme, l’expressionnisme, etc. (figures ou motifs dans le style de Goya, de Max Ernst, de Chagall, etc.)

Méticuleux dans ses recherches et dans la mise en œuvre, Sigmar Polke n’hésite pas pour autant à introduire les erreurs et le hasard dans son travail fini, faisant par exemple couler la peinture sur le tissu (Stühlerücken ou Déplacement de chaises,1981), qu’il imagine mue par un phénomène parapsychologique ou télépathique. Le sujet est d’ailleurs traité à différentes reprises par l’artiste (ex. : Tischruecken ou Déplacement de table, 1981, Die Schere ou Les Ciseaux, 1982).

 

Cette immense liberté dans tous les aspects de la création donne naissance à un art pictural à multiples facettes, mêlant sans retenue figuration et abstraction. Si ce foisonnement inventif tend à évacuer l’idée de style personnel, on en perçoit cependant le fil directeur : la démarche apparemment ludique de Sigmar Polke opère une révolution visuelle mais aussi philosophique, en nous invitant à nous attarder sur ce qui se cache réellement derrière notre monde visible.

 

« Tout événement, plastique ou même historique, peut se retourner contre lui-même, au point de signifier le contraire exact de ce qu'il était censé primitivement exprimer. »

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Expositions/Bibliographie

Sigmar Polke, Athanor, Il padiglione, XLIIe Biennale de Venise, 1986

San Francisco Museum of Art, 15 novembre 1990-13 janvier 1991

Martin Hentschel, Sigmar Polke, the three lies of painting, New York, 1997

Sigmar Polke, alchimist, Louisiana Museum of Modern Art, Humlebæk (Danemark), 30 mars-29 juillet 2001

Polke, eine Retrospektive : die Sammlungen Frieder Burda, Josef Froelich, Reiner Speck, Museum Frieder Burda, Baden-Baden (Allemagne), 3 février-13 mai 2007, Museum moderne Kunst Stiftung Ludwig MuMoK), Vienne (Autriche), 22 juin-7 octobre 2007

Musée des Beaux-Arts, Grenoble, 9 novembre 2013-2 février 2014

Alibis : Sigmar Polke, 1963-2010, Museum of Modern Art, New York, 19 avril-3 août 2014

Palazzo Grassi, Venise, 17 avril-6 novembre 2016

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Revue de presse

http://www.museedegrenoble.fr/TPL_CODE/TPL_OEUVRE/PAR_TPL_IDENTIFIANT/59/982-art-contemporain.htm
http://www.palazzograssi.it/fr/expositions/passees/sigmar-polke/
http://www.lemonde.fr/arts/portfolio/2016/05/04/sigmar-polke-l-inlassable-experimentateur-a-venise_4913286_1655012.html
http://info.arte.tv/fr/le-peintre-allemand-sigmar-polke-expose-au-palazzo-grassi-de-venise
http://www.fraclorraine.org/voyagez/autres/276
https://www.boutiquesdemusees.fr/fr/boutique/special/1303-sigmar-polke/1/
https://inferno-magazine.com/2016/07/08/venise-retrospective-sigmar-polke-au-palazzo-grassi/
https://www.zuerich.com/fr/visite/attractions-touristiques/vitraux-de-sigmar-polke
http://www.revuepinaultcollection.com/fr/numero_6/palazzo-grassi-teatrino/sigmar-polke
http://www.bilan.ch/etienne-dumont/courants-dart/venisele-palazzo-grassi-montre-sigmar-polke-peintre-philosophe
http://www.parismatch.com/Culture/Art/Sigmar-Polke-la-peinture-au-vitriol-538641
http://www.revuedesdeuxmondes.fr/sigmar-polke-ou-comment-pieger-le-visible/
http://www.lesabattoirs.org/evenements/films-graphiques-autour-de-loeuvre-de-sigmar-polke
https://www.la-croix.com/Culture/Expositions/Sigmar-Polke-grand-perturbateur-2016-08-16-1200782497
http://www.lesinrocks.com/2013/11/20/arts/sigmar-polke-peintre-alchimiste-11446409/
http://www.mam-st-etienne.fr/index.php?rubrique=260&rsrc=917&rec=olgas%7C0%7C0%7C1
https://www.lequotidiendelart.com/articles/4593-A-toulouse-un-polke-multiple.html
https://www.zpk.org/fr/service-navigation/presse/communiques-pour-les-medias-2012/inauguration-etres-surnaturels-sigmar-polke-et-paul-klee-330.html

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