Rebecca-Horn

Rebecca Horn (1944)



Biographie

Rebecca Horn naît en 1944 à Michelstadt (Hesse) et grandit dans l’Allemagne de l’après-guerre, avant d’intégrer l’École des Beaux-Arts de Hambourg d’où elle sortira diplômée en 1970. Mais en 1964, durant un séjour en Espagne, elle s’intoxique gravement en manipulant de la résine et des solvants : elle doit rester en sanatorium pendant un an. Cette expérience de l’isolement et de la souffrance va s’avérer déterminante dans l’orientation première de son travail artistique, partie prenante du Body Art ou Art corporel, en vogue dans ces années 1970 : comme pour compenser ses propres déficiences physiques, elle fait preuve d’imagination dans la réalisation d’extensions corporelles, arborées par elle-même ou des personnes issues du public lors de performances filmées, qui créent un nouveau rapport de l’être humain à l’espace. S’inspirant directement de La Colonne brisée (1944) de Frida Kahlo -artiste souffrante elle aussi-, elle arpente la nature avec pour tout vêtement des bandes blanches et pour parure une longue corne verticale fixée sur la tête. Cette Licorne (1970) associe mythologie et fantastique qui se retrouvent souvent à cette époque : Corne d’abondance (1970) montre des langues noires partant de sa bouche qui descendent jusqu’à ses seins nourriciers, tandis que les Gants-doigts (1970) s’étirant jusqu’à terre servent prosaïquement à ramasser un papier sur le sol mais aussi à Toucher les murs des deux mains en même temps (performance filmée, 1974) !... Et sa démarche n’est pas non plus étrangère au surréalisme et au dadaïsme lorsqu’elle invente une Machine à faire circuler le sang (1970), est filmée se coupant les cheveux avec deux paires de ciseaux simultanément ((1975) ou portant un masque hérissé de crayons (1972) qui dessinent sur le mur, au rythme des mouvements latéraux de sa tête. Ces défis, qui relèvent d’une recherche de « transhumanisme » visant à améliorer ce corps jugé imparfait, s’expriment aussi en lien avec le monde animal capable de voler : L’éventail blanc pour un port (1972) montre un être humain transformé en papillon, insecte qui reviendra souvent dans son œuvre. C’est aussi le cas de l’oiseau : elle prolonge ses doigts par des plumes, de sorte que « la main devient aussi sensible qu’une aile d’oiseau », dissimule son corps nu dans un immense éventail de plumes d’autruche (La douce prisonnière, 1978) ou dans un cocon de plumes noires (La veuve du paradis, 1975-77), chrysalide d’où pourra surgir un être nouveau.

Puis elle remplace le corps par des sculptures cinétiques symbolisant les comportements humains, notamment dans les relations amoureuses : des machines reproduisant à l’infini des mouvements toujours interrompus évoquent le désir d’amour jamais assouvi (Les Corbeaux jumeaux), le danger (Entre les couteaux le vide, 2014), la pulsion créatrice (« dripping » mécanique dans Les Amants, 1991), l’ardeur (arcs électriques produisant une étincelle) ou bien la violence destructrice de la passion ou de la guerre (Haute lune (1991)), l’usure du couple (Tailleur du cœur (1998) où deux pierres tendres finissent par se détruire à force de frottements). Ces répétitions animées peuvent rappeler la routine quotidienne mais Rebecca Horn se préoccupe aussi du destin des hommes, à travers celui de Buster Keaton : Le temps passe (1990) apparaît comme une métaphore de sa fortune artistique, assimilée au sort des mines de charbon elles-mêmes délaissées pour d’autres technologies, mais il y a l’espoir d’une renaissance, suggéré par l’étincelle d’énergie produite par les serpents de cuivre, affrontés ou amoureux, suspendus au-dessus du paysage noir. « Le monde pourvu d’une âme ne lui est d’aucune aide, aussi insuffle-t-il une âme aux machines », dit-elle du célèbre acteur déclassé par le cinéma parlant, propos qui s’avèrent en parfaite adéquation avec ses propres inventions. N’a-t-elle pas justement nommé Les âmes flottantes (1990) un éventail de partitions de musique qui se déploie comme la roue d’un paon ? Il semble bien que l’artiste exprime ainsi la fragilité des situations, voire de la condition humaine, même au-delà de la mort.

Dans son travail, Rebecca Horn accorde une place importante à la musique, qu’elle soit virtuelle (elle emploie des partitions -Les âmes flottantes (1990)-, des instruments, tels le violon et le piano) ou réelle (son), comme le murmure de voix mêlées qui s’échappe des pavillons coiffant les tiges de cuivre d’une arborescence déployée depuis le sol dans Les Ombres des soupirs (2000) ou encore la « musique concrète », générée par les rouages mécaniques eux-mêmes. Le piano lentement éviscéré puis se rétractant comme un escargot du Concert pour l’anarchie (1990) semble faire écho à La lune, l’enfant et la rivière de l’anarchie (1992), aux pupitres d’école suspendus au plafond comme l’instrument : ces deux œuvres évoquent-elles l’enfance de l’artiste et son désir d’échapper à la rigueur d’une éducation scolaire et musicale ?...

La dimension sonore des installations prend toute son importance dans Le chœur des sauterelles (1991), en lien avec la Guerre du Golfe et les débats qu’elle a suscités, où l’entrecroisement des rythmes décalés des machines à écrire suspendues au plafond et des cliquetis des milliers de verres s’entrechoquant sur un sol mouvant perturbe les visiteurs au point de se mouvoir de façon saccadée. Dans une cage d’escalier du Naschmarkt de Vienne, des violons accrochés à des échelles et mûs par des mécanismes émettent des sons plaintifs évoquant la lutte pour la survie des réfugiés des Balkans (La Tour des Sans-Nom, 1994).

Cette sensibilité aux événements contemporains va de pair avec son souci de rendre hommage aux victimes du Nazisme, dans des installations de la fin des années 1990 : installé dans la synagogue de Stommeln, Le miroir de la nuit (1998) perpétue la mémoire de la Shoah et la résistance par l’écriture, chère au peuple du Livre, tandis que Concert pour Buchenwald (1999), déployé dans un ancien dépôt de tramways, montre cendres et instruments de musique muets, alors qu’un chariot se déplace à grand bruit sur les rails. Le thème de l’Histoire est repris dans les sculptures urbaines de Rebecca Horn. L'Estel Ferit (« l’étoile blessée ») est installée en 1992 sur la plage de la Barceloneta de la capitale catalane, comme monument commémorant les « xiringuitos », baraques-buvettes vieillottes mais charmantes, rasées pour satisfaire à l’organisation des Jeux Olympiques d’été : sur une hauteur de dix mètres, quatre modules d’acier et de verre sont empilés de façon hasardeuse. En 2002, elle investit l’immense Piazza del Plebiscito de Naples par l’énergie de multiples anneaux de lumière planant au-dessus de l’espace où sont disséminés des crânes en fonte -tels ceux des catacombes de la ville-, parmi lesquels évolue le visiteur.

Dans Ombre du cœur, émeu (2003), l’artiste continue de travailler avec les phénomènes optiques et lumineux : le jeu entre deux miroirs circulaires inclinables, un projecteur et un œuf d’émeu crée des ombres mouvantes, donnant une image pleine de poésie et de mystère du cosmos, de l’origine du monde et de la vie.

 

Les forces de la Nature, qu’elles soient cosmiques ou terrestres, minérales ou organiques -que l’artiste loue avec romantisme dans les poèmes qui accompagnent parfois les œuvres (ex. : Belle du vent, 2003)-, s’associent intimement à la puissance divine dans le Buisson ardent (2001) d’inspiration biblique, dont les branches de cuivre, qui subissent un léger tremblement dû à des pistons reliés à un moteur, sont pourvues d’entonnoirs de verre remplis de cendres, résultant d’une énergie poussée jusqu’à l’incandescence. Tandis que Le Calvaire (2001), avec ses branches de rosier couvertes d’épines et protégées par un caisson de verre parsemé de peinture à l’or, semble bien renouveler « mystérieusement » l’iconographie chrétienne.

Ainsi, après avoir symbolisé sur un mode à la fois ludique et pudique les faiblesses de notre condition humaine, Rebecca Horn semble opérer, dans les mouvements répétitifs, la transmutation de l’engrenage vain de nos vies en cycles successifs permettant à l’homme une élévation spirituelle.

 

Imprégné de références littéraires ou cinématographiques, l’œuvre métaphorique de Rebecca Horn associe à la fois maîtrise technique et beauté plastique tirée souvent de la nature (notamment les oiseaux dont elle emploie les plumes et reprend les mouvements), au service d’une vision poétique hautement philosophique.

 

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Expositions/Bibliographie

Documenta VI de Cassel, 1977

Musée de Grenoble, 5 mars-28 mai 1995

Rebecca Horn : the glance of infinity, Kestner Gesellschaft, Hanovre, 12 mai-27 juillet 1997

Centro Galego de arte contemporánea, Saint-Jacques-de-Compostelle, 9 juin-10 septembre 2000

Rebecca Horn : drawings, sculptures, installations, films 1964-2006, K20 Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen, Düsseldorf, 2 octobre 2004-9 janvier 2005, Fundaçáo centro cultural de Belém, Lisbonne, 4 février-17 avril 2005, Hayward Gallery, Londres, 26 mai-11 septembre 2005

Rebecca Horn : Fata Mogana, Liebesflucht, Fondation Bevilacqua La Masa, Galleria di Piaza San Marco, Venise, 1er juin-20 septembre 2009

Rebecca Horn, between the knives the emptiness, Galerie Lelong, Paris, 16 octobre-22 novembre 2014

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Revue de presse

https://www.connaissancedesarts.com/art-contemporain/lart-total-de-rebecca-horn-114363/
http://www.lesinrocks.com/2000/11/07/musique/concerts/rebecca-horn-au-carre-dart-a-nimes-11218824/
http://www.la-croix.com/Archives/2000-10-24/Les-machines-desirantes-de-Rebecca-Horn-_NP_-2000-10-24-119479
http://www.lefigaro.fr/culture/2008/06/07/03004-20080607ARTFIG00639-un-mentor-nomme-rebecca-horn.php
http://next.liberation.fr/culture/1995/05/16/machines-a-reaction-de-rebecca-hornarts-la-sculpteuse-allemande-expose-actuellement-a-grenobleentret_133194
http://www.exporevue.com/magazine/fr/horn_rebbeca.html
http://i-ac.eu/fr/artistes/560_rebecca-horn

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Œuvres d'art de Rebecca Horn

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