Pierre-Soulages

Pierre Soulages (1919)



Biographie

Né en 1919 à Rodez dans l’Aveyron et fils de carrossier, Pierre Soulages devenu orphelin de père à cinq ans est élevé par sa mère et sa sœur. Très tôt fasciné par l’artisanat local et les vieilles pierres, il reçoit un choc émotionnel en découvrant l’art pariétal préhistorique dans les livres, tandis qu’à l’âge de douze ans sa visite de l’abbatiale Sainte-Foy de Conques lui donne le désir encore confus de devenir peintre. 

En 1938, voulant devenir professeur de dessin, il vient à Paris, est admis à l’École des Beaux-Arts ; rebuté par le conformisme de son enseignement, il repart aussitôt à Rodez, néanmoins bien décidé à se consacrer à la peinture, après avoir eu la révélation de Cézanne, Picasso et du musée du Louvre -notamment l’art du Lorrain et de Rembrandt (lumière et matière déjà…). Mobilisé en 1940 pendant un an, il étudie ensuite aux Beaux-Arts de Montpellier où il fréquente le musée Fabre, avant de se cacher en 1942 pour échapper au STO. C’est pendant la guerre que Soulages découvre la peinture abstraite, notamment Kandinsky et Mondrian, en lisant chez son coiffeur un article sur l’art dégénéré.  

 

En 1946, de retour à Paris, il se lie d’amitié avec le peintre algérien Jean-Michel Atlan, intéressé comme lui par le primitivisme. 

Après un refus au Salon d’automne de 1946, sont exposés pour la première fois en 1947, au Salon des Surindépendants, ses Brous de noix qui détonnent au milieu des peintures hautes en couleurs de l’Après-guerre : d’emblée, l’art de Soulages révèle une grande économie de moyens, tant dans le choix du médium -période de pénurie oblige ?- que dans la sobriété des compositions et du trait. 

Il est aussitôt remarqué, notamment par Picabia et Hartung qui devient son ami, et sa notoriété ne cessera plus de croître : à partir de 1948, il participe à diverses expositions en Europe, organise en 1949 à Paris sa première exposition personnelle et à partir de 1950, conquiert le Nouveau Monde lors de nombreuses expositions, tandis que déjà ses œuvres sont convoitées par les plus grands musées d’Europe et d’Amérique. 

 

À l’instar de Mondrian, Pierre Soulages dit avoir été inspiré par les arbres, et cela dès son plus jeune âge : « Un arbre noir en hiver, c’est une sorte de sculpture abstraite. Ce qui m’intéressait était le tracé des branches, leur mouvement dans l'espace... » Mais contrairement à son aîné, il crée d’emblée, tout en conservant de l’arbre son énergie à se déployer dans l’espace, une peinture parfaitement abstraite faite d’entrecroisements de bandes horizontales et verticales. Soulages souligne qu’il ne dépeint pas mais qu’il peint, sans rien représenter, tout en affirmant que la frontière entre abstraction et figuration est fictive puisque l’artiste figuratif ne retranscrit jamais que sa perception personnelle du réel. 

 

Il s’agit pour lui de créer sur le papier ou sur la toile une organisation de la matière qui soit confrontée à la démarche intellectuelle mais aussi physique du spectateur, dans un perpétuel renouvellement des significations ou sensations susceptibles de naître en lui durant l’expérience du face-à-face, de la mise en présence mutuelle. Ainsi, comme « la peinture est l’état d’absence de mot », les œuvres de Soulages sont sans titre, identifiées seulement par leurs dimensions et leur date de création. 

 

James Johnson Sweeney, conservateur à New York au Museum of Modern Art puis au Musée Guggenheim, comprend très tôt l’originalité de Soulages : son art ouvre de nouveaux horizons à l’abstraction qui ne relève à part entière ni de l’Abstraction géométrique ni de l’Expressionnisme abstrait américain ni de l’Abstraction lyrique française ni même de l’Abstraction gestuelle. Car ce n’est pas le mouvement qu’il veut peindre mais un jeu de contrastes générateur de forces, chacun de ses gestes visant à structurer la composition.
Il refuse ainsi tout lyrisme, au point d’employer des « matériaux robustes et non conditionnés », des outils qui ne permettent pas les pleins et les déliés, tels que brosses de peintre en bâtiment ou larges pinceaux à poils ras et carrés -semblables à ceux des calligraphes japonais, découverts en 1957 lors d’une exposition de ses œuvres. Il récupère ou fabrique lui-même des raclettes en caoutchouc, des couteaux à peindre, des morceaux de planches, etc.

Sa peinture, comme le dit Sweeney, ce n’est pas une mélodie, « c’est l’accord plaqué sur le clavier et tenu », ce que corrobore Soulages : « C’est le temps qui me paraît être au centre de ma démarche de peintre, je préfère les peintures où le temps est là, immobile, suspendu dans le tableau, aussi immobile que le châssis et la toile ! C'est-à-dire une forme de temps suspendu dans la durée ». 

Soulages recherche constamment les équilibres internes entre les contraires : « On est toujours guetté par deux choses aussi dangereuses l’une que l’autre : l’ordre et le désordre » ; « Me touche ce qui se situe en dehors de la maladresse et de l’habileté ». Il ne s’agit pas de contraindre la matière mais plutôt de se laisser guider par les propriétés plastiques des différents éléments, toile, médium et outils : « J’aime l’acte de peindre enraciné dans la matière» ; « C’est ce que je fais qui m’apprend ce je que cherche. » ; « Quand j’ai commencé à faire de la peinture, je pensais qu’il fallait avoir son tableau dans la tête avant de le réaliser. Mais j’ai bien compris que peindre dans sa tête, c’est très mauvais. […] La peinture est l’exercice d’une liberté. »

Bien qu’aucun propos de Soulages ne vienne l’étayer, un tel geste pictural, où « la pratique est inséparable de l'art qui se fait jour avec elle » de sorte que « le fond et la forme ne font qu'un », et les paradoxes visuels qu’il génère –noir/lumière, vide/plein, retrait/émergence, envers/endroit, dépouillement/richesse- suggèrent une démarche fidèle aux préceptes taoïstes de Lao-Tseu qui visent ainsi, en oubliant son moi pour s’intégrer au monde, à atteindre la sagesse et l’harmonie avec le cosmos. 

 

Si le noir a été privilégié par Soulages depuis ses premières ébauches, lorsqu’à 8 ans il fait un dessin à l’encre de Chine pour peindre la neige, il prend une ampleur inédite à partir de 1979, en gagnant toute la surface de la toile. 

Cette couleur noire « n’existe jamais dans l’absolu » puisqu’elle subit des variations en fonction de la forme et des dimensions du support, de sa propre texture, de l’intensité lumineuse et de la position du spectateur. 

Rétrospectivement, Soulages identifie les « différents champs d’action du noir » ou « les trois voies du noir », qu’il a explorées non pas selon un ordre chronologique strict mais de façon alternative ou simultanée tout au long de son parcours : « Le noir sur fond, contraste plus actif que celui de toute autre couleur pour illuminer les clairs du fond ; [Le noir associé à] des couleurs, d’abord occultées par le noir, venant par endroits sourdre de la toile, exaltées par ce noir qui les entoure ; La texture du noir (avec ou sans directivité, dynamisant ou non la surface) : matière matrice de reflets changeants. »

Dans ses premiers travaux, il développe les noirs avec couleurs, qu’il explore à nouveau dans les œuvres tardives avec le bleu outremer uni au noir. Dans les années 1960 et 1970, il travaille beaucoup les noirs sur fond, tandis que les noirs de texture se déploient tout particulièrement dans la série des Outrenoirs, née en 1979 d’une succession d’échecs, toute la surface de la toile étant finalement recouverte d’une épaisse couche de peinture noire. Nouvelle voie qui lui permet d’atteindre la plus grande sobriété dans la mise en œuvre, en même temps que les effets les plus riches : il peint désormais directement avec les variations de la lumière, la faisant jaillir des reliefs plus ou moins prononcés de la peinture noire à l’huile puis à l’acrylique, la brillance seule générant des gris, voire des blancs fulgurants.

 

L’abbatiale de Conques, dont l’éclairage et la sobriété des espaces avaient été à l’origine de sa vocation artistique, va devenir le lieu de consécration de sa carrière : suite à une commande de l’État en 1986, sont installés en 1994 cent quatre vitraux conçus par Soulages jusque dans le matériau, un verre sans couleur dont le caractère translucide peut être modulé : à l’intérieur, la lumière semble fuser des surfaces vitrées qui, à l’extérieur, la réfléchissent comme des miroirs opaques. Ainsi la lumière atmosphérique devient-elle créateur inépuisable de beauté.  

 

Premier artiste vivant invité à exposer au Musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg (2001), Pierre Soulages est honoré en 2007 par le Musée Fabre de Montpellier, qui lui consacre une salle pour accueillir sa donation, et en 2014 par l’inauguration à Rodez du Musée Soulages, riche de ses généreuses donations et ouvert à d’autres artistes.

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Expositions/Bibliographie

Rétrospective, Musée Dynamique, Dakar, 1974 (exposition itinérante : Caracas, Madrid, Lisbonne, Montpellier, Mexico, Rio de Janeiro, São Paulo)

Pierre Daix, Pierre Soulages, 1991

Pierre Encrevé, Soulages, L’Œuvre complet, Vol.1 (1946-1959), 1994, Vol.2 (1959-1978), 1995, Vol.3 (1979-1997), 1998

Soulages : lumière du noir, Musée national de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg, 2001

Rétrospective, Centre Pompidou, 14 octobre 2009-8 mars 2010

Outrenoir en Europe : musées et fondations, Musée Soulages, Rodez, 31 mai-5 octobre 2014

Soulages : papiers, Musée Picasso, Antibes, 2 avril-26 juin 2016

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Revue de presse

http://www.pierre-soulages.com/
http://mediation.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-soulages/ENS-soulages.html
http://www.lepetitjournal.com/sortir-mexico/56484-exposition-le-maitre-de-labstraction.html
http://www.lefigaro.fr/arts-expositions/2013/03/08/03015-20130308ARTFIG00573-pierre-soulages-je-refuse-d-etre-un-mausolee.php
http://next.liberation.fr/arts/2013/01/18/soulages-je-ne-depeins-pas-je-peins_875063
https://www.challenges.fr/magazine/etoile-noire-pierre-soulages_342218
http://www.vanityfair.fr/actualites/france/articles/l-histoire-de-pierre-soulages/14381
http://www.lesinrocks.com/2017/03/11/arts/les-outrenoirs-de-pierre-soulages-revelent-enfin-leurs-secrets-11921428/
http://www.lefigaro.fr/culture/encheres/2013/06/27/03016-20130627ARTFIG00358-soulages-devient-l-artiste-francais-le-plus-cher-aux-encheres.php
http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2013/04/21/97001-20130421FILWWW00198-un-soulages-a-450000-aux-encheres.php
http://culturebox.francetvinfo.fr/arts/peinture/peinture-29-mai-1987-de-soulages-vendue-140-000-euros-aux-encheres-a-toulouse-199247
https://m.lesechos.fr/0203528713146.htm
http://www.lexpress.fr/culture/art/lumiere-sur-le-musee-soulages_552231.html
http://www.louvre.fr/pierre-soulages
http://www.lexpress.fr/region/pierre-soulages-je-reste-toujours-attache-a-rodez_795559.html
http://www.lefigaro.fr/arts-expositions/2014/05/30/03015-20140530ARTFIG00083-pierre-berge-critique-pierre-soulages-le-jour-de-l-ouverture-de-son-musee.php
http://www.lexpress.fr/actualites/1/culture/quand-conques-la-medievale-rejetait-la-lumiere-de-soulages_1544186.html
http://culturebox.francetvinfo.fr/arts/expos/les-vitraux-de-pierre-soulages-pour-l-abbatiale-de-conques-au-musee-fabre-24457
http://www.lemonde.fr/culture/article/2012/11/10/a-92-ans-soulages-remet-du-blanc-dans-son-noir_1788833_3246.html
http://www.gala.fr/l_actu/news_de_stars/pierre_soulages_et_la_lumiere_surgit_du_noir_189589

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