Ossip-Zadkine

Ossip Zadkine (1890-1967)



Biographie

Ossip Zadkine naît en 1890 à Vitebsk dans la Grande Russie (actuellement en Biélorussie) mais à la différence de Chagall, il grandit dans une famille éloignée de la pratique religieuse, son père Éphime, professeur en latin-grec d’origine juive, s’étant converti à la religion orthodoxe pour épouser Sophie Lester, descendante d’une famille écossaise ayant migré au XVIIe s. pour construire des bateaux en Russie.

Le jeune Ossip éprouve très tôt le besoin de « dessiner tout et à tout moment » et dès l’âge de douze ans, se met à modeler un bloc de terre glaise trouvé dans le jardin : ainsi naît sa vocation pour la sculpture. En 1905, ses parents décident de l’envoyer en Angleterre, chez un oncle qui l’initie à la sculpture sur bois et l’inscrit à l’école d’art locale. Mais l’année suivante, l’adolescent s’enfuit à Londres et entame une formation à Regent Street Polytechnic, tout en fréquentant le British Museum. Son père lui ayant coupé les vivres, il travaille chez des artisans du meuble à tailler des ornements, apprentissage qui va l’engager à réaliser sa première taille directe en 1908, lors d’un été en Russie. Son père décide alors de l’envoyer à Paris, où il arrive fin 1910, car c’est « là où l’on devient sculpteur ». S’il s’inscrit aussitôt à l’École des Beaux-Arts, il en ressort très vite !... Car il découvre que la sculpture égyptienne du Louvre ou une simple tête d’époque romane lui révèlent toute la force vitale qui se dégage des arts dits primitifs, par le biais de « la simplification ou l’accentuation » des formes.

 

Désormais, Zadkine abandonne « l’uniforme académique » et veut « se mettre au service du bois » ou de la pierre, taille directe qu’il pratique dès 1911 dans son atelier de la Ruche. Installé en 1912 rue de Vaugirard non loin de Vavin, il rencontre à Montparnasse Apollinaire et Picasso, se lie à Modigliani, son frère d’infortune, qui lui inspire courbes sensuelles et visages-masques de pièces comme La Sainte Famille ; elle fait partie du lot acquis au Salon d’automne de 1913 par Paul Rodocanachi, qui permet au sculpteur d’emménager dans un atelier plus agréable, rue Rousselet.

 

la guerre, Zadkine répond à l’appel lancé par Blaise Cendrars pour la mobilisation des « étrangers amis de la France » : engagé volontaire en janvier 1916, il rejoint une section de brancardiers-infirmiers avant d’intégrer l’Ambulance russe en Champagne ; mais il est gazé, ce qui lui vaut d’être hospitalisé puis réformé en octobre 1917. S’il en rapporte un lot d’œuvres sur papier dont la puissance d’évocation l’incite à en tirer un album d’eaux-fortes, Zadkine revient à la vie civile ravagé autant physiquement que moralement. Il parvient cependant à exposer un an plus tard à Toulouse œuvres graphiques et sculptures, dont Les Vendanges, bois dénotant dans son principe, ses formes et son esprit une forte parenté avec ceux de Gauguin, à l’instar de la Vénus caryatide, encore liée en sa base au tronc de l’arbre presque brut. Ailleurs il semble s’inspirer de l’archaïsme des idoles cycladiques -vues au British Museum- telle Maternité, qui combine le marbre brut et poli, le traitement en plans et en rondeurs pour incarner la « tendresse plastique » (Maurice Raynal).

 

Après son mariage en 1920 avec une jeune peintre, Valentine Prax, Zadkine est naturalisé français en 1921 et voit l’année suivante deux de ses œuvres entrer au musée de Grenoble. Il poursuit ses recherches et, sous l’influence de la peinture de Braque et de Picasso, donne à sa sculpture des années 1920 une orientation nettement cubiste : retournant au modelage, il décompose les formes en plans quasi géométriques aux arêtes vives et inaugure un jeu rythmé entre éléments convexes et concaves, qui restera l’une des caractéristiques de son travail. Représentatifs de ce style sont La Femme à l’éventail, La Belle Servante et l’Accordéoniste, les instruments de musique figurant souvent dans l’œuvre de l’artiste.

 

En 1928, le couple Zadkine s’installe dans une maison au 100 bis rue d’Assas et en achète une autre -grande et délabrée mais pourvue d’une grange- en 1934 aux Arques, petit village dans le Lot où l’artiste, heureux sur cette « terre » qu’il fait sienne, créera nombre de pièces. Son œuvre évolue, que ce soit sur le plan technique -outre la taille directe, il réalise des modèles en terre ou en plâtre pour être coulés dans le bronze- ou thématique et stylistique : Zadkine trouve alors son inspiration dans la Grèce antique (voyage en 1931) dans un retour « aux limpides sources de philosophies religieuses et esthétiques », s’emparant de sujets mythologiques (Les Ménades, Orphée marchant, Naissance de Vénus) qu’il libère à présent du bloc compact du matériau pour faire jouer les vides et donner aux figures un rythme d’une fluidité harmonieuse.

 

En 1925, une grande exposition à la galerie Barbazanges lui avait valu la reconnaissance de la critique : « Ce Slave qui ressuscite les mythes est un poète qui dispense l’émotion d’un ordre mystique et religieux », proclame Waldemar-George. Depuis lors, les expositions personnelles s’enchaînent à travers l’Europe et l’Amérique mais la menace nazes l’oblige en juin 1941 à s’exiler aux États-Unis où « le cœur n’était pas à la sculpture » : loin de Valentine qui lui envoie de mauvaises nouvelles, Zadkine se consacre surtout à la gouache et à l’enseignement, produisant cependant des œuvres se référant à la guerre, La Prisonnière (1943), image symbolique de la France occupée, puis le Phoenix (1944), celle de la renaissance promise par le retournement des événements. S’affirme ainsi un style non plus compact mais foisonnant et expressionniste qu’il continuera de développer.

 

Enfin, en septembre 1945, le voici de retour sur le sol français. Violemment impressionné par l’ampleur des destructions dues au conflit, Zadkine s’emploie d’abord à traduire cette tragédie : il crée notamment pour la municipalité de Rotterdam La Ville détruite, monument inauguré en 1953 comme emblème suprême de la douleur humaine par l’expression exacerbée d’un corps percé en son cœur, à la tête comprimée par la souffrance, qui néanmoins ne renonce pas à lutter, comme l’indique la position debout et la puissance des bras levés vers le ciel. Il manifeste encore cette volonté de rebâtir sur le chaos dans La Forêt humaine, qu’il va porter à une échelle monumentale pour l’installer devant le siège de la Fondation Van Leer à Jérusalem au début des années 1960. C’est un groupe de trois personnages qu’il assimile à la forêt, exemple fort de régénération perpétuelle : thème lyrique de la fusion du corps humain et de l’élément végétal qui demeure dans son œuvre.

 

en « état de quête », Zadkine se met à réfléchir vers 1965 à des « sculptures pour l’architecture » destinées à investir l’espace urbain, abandonnant la figure humaine pour aborder l’abstraction sous forme de réseaux d’entrelacs : il ouvre ainsi, à la fin de sa vie, des voies nouvelles riches d’avenir.

 

Deux musées français sont aujourd’hui consacrés à l’œuvre de Zadkine, implantés là même où l’artiste vécut et travailla, à Paris et dans le village d’Arques.

 

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Expositions/Bibliographie

The Tel-Aviv Museum, octobre-décembre 1972

Zadkine : bois et pierres, Musée Réattu, Arles, 7 mars-14 juin 1992, Cloître des Cordeliers, Paris, 23 juin-30 septembre 1992

Zadkine : gouaches des années 20, Espace Van Gogh, 7 mars-14 juin 1992, Cloître des Cordeliers, Paris, 27 juin-27 septembre 1992

Helena Staub, Quatre-vingts dessins de Zadkine, Paris, 1994

Valentine Prax, Avec Zadkine : souvenirs de notre vie, 1995

Gilbert Boyer, La ficelle de Zadkine, Musée Zadkine, Paris, 25 octobre 2001-27 janvier 2002

Marie Sellier, Zadkine : des mains pour créer, Paris, 2002

Sylvain Lecombre, Musée Zadkine : guide, 2009

Sylvain Lecombre, Zadkine sur papier, 2009

Être pierre, Musée Zadkine, Paris, 29 septembre-11 février 2018

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Revue de presse

https://www.franceculture.fr/emissions/lart-est-la-matiere/ossip-zadkin-1890-1967
http://www.zadkine.paris.fr/fr/exposition/etre-pierre
https://www.musees-midi-pyrenees.fr/musees/musee-zadkine/expositions/ossip-zadkine-metamorphoses-20170502/
http://www.cnap.fr/musee-zadkine
http://www.fondation-maeght.com/fr/collection/morceaux-choisis/234/ossip-zadkine
http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20110629.OBS6102/la-ville-de-paris-devra-t-elle-rendre-les-uvres-de-zadkine.html
http://www.artaujourdhui.info/q1390-noelle-chabert-conservatrice-du-musee-zadkine.html
https://www.lequotidiendelart.com/articles/9190-condamnations-a-paris-pour-la-vente-d-un-faux-bronze-de-zadkine.html
http://www.lemonde.fr/culture/article/2009/05/22/un-bronze-de-zadkine-sauve-par-un-detective-prive_1196717_3246.html
http://www.lemonde.fr/culture/article/2011/01/19/un-artiste-majeur-du-xxe-siecle_1467658_3246.html
http://www.collection-20e.mba-lyon.fr/oeuvre/ossip-zadkine-la-prisonniere/
https://www.fine-arts-museum.be/fr/la-collection/ossip-zadkine-la-ville-detruite
http://www.lemonde.fr/culture/article/2011/01/19/le-fils-sans-heritage_1467657_3246.html
https://www.musees-midi-pyrenees.fr/musees/atelier-musee-jean-lurcat/expositions/archives/ossip-zadkine-valentine-prax-oeuvres-tissees-20170502/

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Œuvres d'art de Ossip Zadkine

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