Miquel-Barceló

Miquel Barceló (1957)



Biographie

Miquel Barceló naît en 1957 sur l’île de Majorque (Baléares) de parents à la fois proches de la terre et de la peinture. Sorti très tôt diplômé de l’école des Arts décoratifs de Palma de Majorque, il découvre à Paris l’art brut et l’art informel, à travers Jean Fautrier, Jean Dubuffet ou Antoni Tàpies qui marquent ses premiers travaux, avant d’entrer en 1975 à l’école des Beaux-Arts de Barcelone qu’il abandonne bientôt en raison de son académisme.

Revenu à Majorque, il intègre jusqu’en 1978 un collectif conceptuel, Taller Llunàtic, qui mène des actions à connotations politiques et écologiques. En 1976, Barceló expose au Musée de Majorque Cadaverina 15 : durant quinze jours, divers éléments organiques mêlés à des matériaux picturaux contenus dans quinze séries de quinze boîtes sont livrés à la décomposition sous l’effet du temps, notions que l’artiste ne cessera de développer dans son œuvre.

En 1978, séduit par les expressionnistes abstraits américains comme Jackson Pollock, qu’il découvre au nouveau musée d’art moderne installé au Centre Pompidou puis à Madrid lors de l’exposition itinérante du MoMA en 1979, il adopte la technique du dripping pour couvrir de peinture abondante de grandes toiles. Mais continuant ses expériences, il y ajoute des matières végétales et les expose aux intempéries, ce qui provoque déformations et craquelures.

Cependant, dès le début des années 1980, Barceló installé à Barcelone où il rencontre Miró revient à une peinture figurative au dessin simplifié, non sans lien avec le néo-expressionnisme allemand et la trans-avant-garde italienne. Apparaît alors le thème de l’animalité -qui habitera durablement son œuvre- dans des « combats » riches en couleurs mettant en scène animaux et humains aux formes zoomorphes (ex. : Mapa de carne, 1982) et le succès est au rendez-vous lors de la Documenta VII de Cassel.

Bientôt, Barceló éprouve la nécessité d’opérer une introspection artistique, prenant appui sur l’héritage culturel reçu des maîtres anciens jusqu’à Picasso ou Duchamp, sans omettre la littérature ni les traditions populaires. Il se met fréquemment en scène dans des œuvres reprenant des thèmes usuels de la peinture, pouvant être traités en des manières classiques et novatrices au sein d’un même tableau. La série des Ateliers le montre au travail, peignant sur une toile au sol aussi bien son image (Autoportrait, 1983) ; dans la série des Bibliothèques, il s’adonne à la lecture en différentes postures, y compris le sexe en érection pour signifier son désir vital d’un savoir universel (Le Petit Amour Fou, 1984) ; cette série fusionne parfois avec celle des Marines (Le Grand Amour Fou, 1984), abordée lors d’un séjour au Portugal -annonçant d’emblée le lien viscéral entre culture et nature qu’il ne cessera de forger à travers son œuvre- ; cette dernière peut inclure l’autoportrait (démultiplié dans Le Peintre ivre, 1984), tout comme la série des Natures Mortes où son visage surnage dans une assiette de soupe. Puis il installe son atelier dans l’église Notre-Dame du Liban à Paris pour peindre la série du Musée du Louvre où il lui arrive d’amalgamer encore les thèmes, dans une facture nourrie et expressionniste malgré l’absence de couleurs vives (Soupe d’Europe, 1985).

En 1987, cette frénésie picturale finit par provoquer en lui saturation et rejet de l’image, au point d’adopter un style extrêmement sobre, « vide », et de partir en 1988 pour l’Afrique et son désert : cette aspiration minimaliste suscite une série de Peintures blanches où les effets de lumière couvrent en variations de blancs des sols épurés (Déjeuner sur l’herbe II [référence directe au tableau de Manet], 1988) et qui prend fin en 1990 avec trois tableaux sur le thème de la pluie (dont Le Déluge, 1990), faits d’une palette restreinte incorporant des gravats.

La découverte de l’Afrique s’avère déterminante pour Barceló : chaque année, il y retourne durant de longs séjours, se fabriquant en 1991 une pirogue-atelier pour remonter le fleuve Niger, avant de construire en 1992 une maison au Mali, où il viendra désormais travailler tous les ans, en alternance avec Paris et Majorque.

La vie africaine, qu’il dépeint dans une série d’aquarelles d’une fluidité dynamique et chatoyante, donne un élan nouveau à son art qui intègre sans réserve à la pâte picturale toutes sortes de matériaux locaux tirés de la nature : minéraux (sédiments fluviaux), végétaux (branchages, algues, graines), animaux (crânes). Elle devient active lorsqu’il dépose des feuilles de papier sur les termitières pour créer des trous aléatoires, avant de les couvrir de figures d’hommes et d’animaux ; ou lorsqu’il applique toile ou papier mouillé par les boues rituelles des Dogons (pigments et résines) sur des rochers pour en obtenir l’empreinte et donner du relief : autant d’éléments évoquant les peintures rupestres de la Préhistoire, comme celles de la grotte Chauvet -découverte en Ardèche en 1994- qui fascinent Barceló. Car il cherche le retour aux origines, pour affirmer la force du lien physique et spirituel entre l’homme et la nature, dont la puissance impose le cycle de la vie et de la mort en une perpétuelle métamorphose sous l’action du temps dans toutes ses acceptions.

Le sujet, cher à l’artiste depuis ses débuts, suscite diverses séries, natures mortes aux crânes -telles des vanités- et ex-voto (Ex-Voto à la chèvre, 1994), animaux morts suspendus (vus au Mali) (Le Bal des pendus, 1992) mais aussi celle des corridas qui le ramène à ses propres racines. L’animalité, toujours présente dans l’œuvre de Barceló, est censée s’affronter à l’homme dans l’arène mais des perspectives plongeantes vertigineuses font se confondre les combattants (La Suerte de matar, 1990), tandis qu’ailleurs l’homme s’assimile à la bête : l’artiste se représente dans des poses animales (Triptyque) et peint une série de portraits d’animaux adoptant des attitudes humaines.

C’est encore le cas dans les années 1990, quand le peintre aimant la matière riche se met à la sculpture, à laquelle il associera bientôt la céramique, qu’il découvre auprès des artisans de son village africain. Il réalise d’abord une série monumentale d’animaux en bronze dans des situations surréalistes, amorcée par le Chat du peintre qui a marché dans les pots de peinture, dont les pattes-échasses rappellent l’éléphant de Dalí. Suivront notamment Mobili (2001), crâne de singe à roulettes ressemblant à une voiture de formule 1 et Elefandret (2004) en position verticale sur sa trompe : autres métaphores ironiques des vanités humaines ? Travaillant avec les céramistes Jakubec près d’Angers, Barceló produit à partir de 1999 une série de grands vases décorés de motifs animaliers et commence à jouer avec la matière : il déforme des vases ou des briques prenant l’aspect de crânes, empilées pour former des murs (Terra-Mare, 2010), et se met en scène avec le chorégraphe Nadj dans Paso Doble, performance-spectacle créée en Avignon en 2006 où l’argile tient le rôle principal.

De 2001 à 2007, la commande de la décoration de la chapelle Sant Pere dans la cathédrale de Palma de Majorque suscite chez Barceló une synthèse magistrale de son art, tout en poursuivant ses innovations : il crée une sculpture-peinture, montant en placage sur le mur des panneaux de terre cuite travaillés au poing pour mouler les formes, qu’il colore par projection de crépis au canon ; la scène de la Multiplication des pains et des poissons tirée de l’Évangile se développe en une fresque foisonnante du milieu marin présent autour de l’île, illustrant à une échelle nouvelle et dans un flux d’énergie digne du baroque la symbiose entre nature et culture, monde sensible et univers spirituel, qui habite d’une manière prophétique l’œuvre de Barceló.

 

 

 

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Expositions/Bibliographie

Miquel Barceló : peintures de 1983 à 1985, CAPC musée d’Art contemporain de Bordeaux, 10 mai-8 septembre 1985

Castor Seibel, Barceló ou la Peinture, 1998

Miquel Barceló : ceràmiques 1995-1998, Museu d’Art Espanyol Contemporani, Palma, juin 1999-février 2000

Carnets de dessins : Miquel Barceló, Centre Pompidou (cabinet d’art graphique), Paris, 6 mars-29 avril 1996 (texte de Marie-Lure Bernadac) 

Miquel Barceló : Mapamundi, Fondation Maeght, Saint-Paul-de-Vence, 12 avril-20 juin 2002 (texte de Jean-Louis Prat)

Catalina Cantarellas Camps, L’univers artistic de Miquel Barceló, 2003 (texte en catalan, espagnol et anglais)

Barceló en las colecciones privadas de Barcelona, Fundación Francisco Godia, Barcelone, 23 octobre 2007-5 janvier 2008

Miquel Barceló : obra africana, Irish Museum of Museum of Modern Art, Dublin, 25 juin-28 septembre 2008, Centro de Arte contemporáneo de Málaga, 11 novembre 2008-15 février 2009

Terramare : Miquel Barceló, Palais des Papes, Avignon, Collection Lambert en Avignon, Musée du Petit Palais, 27 juin-7 novembre 2010

Miquel Barceló, Terra ignis, Musée d’Art moderne, Céret, 29 juin-12 novembre 2013, Museu nacional de azulejo, Lisbonne, 24 septembre-24 novembre 2013

Dore Ashton, Miquel Barceló, en chemin, 2013

Sol y Sombra : Miquel Barceló, Bibliothèque nationale de France (site François Mitterrand), Paris, 22 mars-28 août 2016, Musée national Picasso, Paris, 22 mars-31 juillet 2016

Miquel Barceló, el arca de Noé, Universidad de Salamanca, 28 avril-1er octobre 2017

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Revue de presse

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