Max-Ernst

Max Ernst (1891-1976)



Biographie

Né en 1891 à Brühl en Allemagne d’un père peintre amateur, Max Ernst entreprend en 1909 des études de philosophie mais aussi d’histoire de l’art et de psychologie qui le mèneront à découvrir les théories freudiennes et à côtoyer des malades mentaux dont la production artistique le fascine. En 1911, sa rencontre avec Der Blau Reiter et August Macke le décide à se consacrer entièrement à l’art. C’est en 1914 que se noue sa grande amitié avec Hans Arp mais, bientôt mobilisé, Max Ernst « cesse de vivre » durant ces années de guerre qui tueront plusieurs de ses compagnons expressionnistes.

Après le conflit, s’ouvre une période bouillonnante pour l’artiste. Dès 1919, il découvre avec admiration la Peinture métaphysique de Giorgio de Chirico, véritable préambule italien au futur art surréaliste, cofonde le groupe Dada de Cologne pour lutter contre les conventions et se révèle d’emblée féru d’expérimentations : jouant entre le ready-made et la pure création, il produit ses premiers collages et peintures d’après collage, mêlant à l’influence de De Chirico des images tirées de toutes sortes d’imprimés, depuis les catalogues de vente par correspondance jusqu’aux manuels scolaires et aux revues scientifiques, ou se sert de plaques d’impression pour reproduire des diagrammes d’instruments scientifiques avant de les colorer (Little Machine Constructed by Minimax Dadamax in Person, 1919). « Ce sont des transformations de pages banales de publicité en drames qui révèlent mes désirs les plus secrets. » Dès cette époque en effet, Max Ernst en disciple convaincu de Freud cherche dans son art à traduire sa psyché et illustrer des mythes, où affleurent souvent les connotations sexuelles.

Il est bientôt remarqué par Paul Éluard qui lui achète notamment Éléphant Célèbes (1921) et Œdipus Rex (1922), où il conjugue le désir d’échapper aux inhibitions générées par la société à l’humour, autre composante de son art, en accord avec Le Mot d’esprit et sa relation à l’inconscient de Freud. André Breton aussi est séduit, au point d’organiser dès 1921 à Paris une exposition de ses collages. L’année suivante, Ernst s’installe en France chez le poète et sa femme Gala, avant de faire un voyage en Asie du Sud-Est en 1924.

Cette année-là, paraît le Manifeste du Surréalisme qui prône l’automatisme psychique dans l’écriture et dans la création artistique, instaurant le hasard comme maître de l’agencement des formes et de matériaux divers. D’emblée Max Ernst y adhère, explorant depuis longtemps son inconscient qu’il sait imprégné des événements marquants de son enfance. Ainsi son tableau Deux enfants sont menacés par un rossignol (1924) évoque-t-il la mort de sa sœur Maria, puis la naissance de sa sœur Loni lorsque meurt son cacatoès, reliées à des visions issues de l’observation onirique des choses ou à des hallucinations provoquées par la rougeole : il en vient à associer naissance et mort, humains et animaux, notamment sous forme d’un oiseau qui va se développer au fil du temps, tel un alter ego protéiforme dénommé Loplop.

En 1925, il invente le frottage d’un crayon sur une feuille et bientôt, aux côtés de Miró, le grattage par différents outils dans l’épaisseur de la peinture, papier et toile étant posés sur des objets ou matériaux variés, générant ainsi des formes plus ou moins imaginaires. C’est alors qu’apparaissent les paysages, notamment le thème de la forêt dense, résurgence de son univers d’enfant et de la tradition germanique romantique, où s’entremêlent terreur et enchantement.

S’il peut pratiquer à cette époque un humour allant jusqu’au blasphème (La Vierge corrigeant l’enfant Jésus devant trois témoins, 1926), la montée du nazisme dans les années 1930 engage l’artiste à se révéler comme un véritable visionnaire de la catastrophe à venir : dès 1934, il produit la série des villes en ruines, puis en 1937 Les Barbares, monstres idolâtrés par les humains fascinés. En 1939, la déclaration de guerre tourne aussitôt à la tragédie personnelle : taxé d’« étranger indésirable », l’artiste est interné au Camp des Mille près d’Aix-en-Provence ; relâché grâce à ses amis, il est à nouveau arrêté lorsque la France est occupée, cette fois-ci par la Gestapo ; mais il s’évade et s’enfuit en Amérique en 1941, avec l’aide de Peggy Guggenheim qui deviendra sa troisième épouse l’année suivante.

Napoléon dans le désert en 1941 -au moment où l’Allemagne s’aventure en Russie- et L’Europe après la pluie II (1940-1942) montrent qu’en exil le conflit continue de l’affecter sans entamer sa créativité. Il ajoute à sa panoplie la technique de la décalcomanie, inventée en Angleterre au XVIIIe s. et reprise d’abord par le surréaliste Oscar Dominguez : après avoir répandu de la peinture sur certains parties de la toile, il y applique une feuille de papier ou une plaque de verre, pressée puis enlevée, avant de retravailler bulles et coulures à la brosse pour créer des formes à la fois organiques et fantastiques. Puis en 1942 à New York, il se met à balancer au-dessus de la toile une boîte de peinture percée, technique du « dripping » qui inspirera Jackson Pollock et l’Expressionnisme abstrait américain.

Après son divorce, Max Ernst se remarie en 1946 avec Dorothea Tanning, peintre surréaliste qui vit à Sedona dans l’Arizona. Là, il écrit son traité Au-delà de la peinture en 1948 et le succès est au rendez-vous.

Il se confirme lorsqu’il reçoit en 1954, un an après son retour en France avec sa femme, le Grand Prix de la Biennale de Venise, ce qui lui vaut d’être exclu par André Breton du groupe surréaliste déjà déclinant.

S’il se montre découvreur et amateur insatiable de nouvelles techniques, comme la peinture au sable des Indiens Navajos ou la sculpture -qu’il amorce en 1934 auprès de Giacometti et qui clôturera magistralement sa carrière avec Immortel, échiquier géant en verre de Murano réalisé en 1966 (dix ans avant sa mort)-, l’artiste n’en maîtrise pas moins tous les procédés de la peinture traditionnelle acquis auprès de son père.

Ces moyens multiples, que Max Ernst combine souvent sur une même toile, servent une iconographie très personnelle, qui transmue le réel pour traduire les tréfonds de son inconscient aussi bien que l’imaginaire onirique universel.

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Expositions/Bibliographie

Werner Spies, Sigrid et Günter Metken, Max Ernst, Œuvre Katalog, tome 1 (1906-1925), 1975, tome 2 (1925-1929), 1976, tome 3 (1929-1938), 1979, tome 4 (1939-1953), 1987, tome 5 (1954-1963), 1998

Marjorie E. Warlick, Max Ernst and Alchemy : a magician in search of myth, 2001

Werner Spies, Max Ernst, von Material zum Stil, 2008

Max Ernst : Dream and Revolution, Moderna Museet, Stockholm, 20 septembre-11 janvier 2009, Louisianan Museum of Modern Art, Humlebaeck, 7 février-1er juin 2009

Gabriele Wix, Max Ernst, Maler, Dichter, Schriftsteller, 2009

Rétrospective, Albertina Museum, Vienne (Autriche), 23 janvier-5 mai 2013, Fondation Beyeler, Riehen (Suisse), 26 mai-8 septembre 2013

Das 20. Jahrhundert : Werke von Max Ernst aus der Stiftung Schneppenheim zur Förderung des Max-Ernsts-Museums, Brühl (Allemagne), 7 juillet-24 novembre 2013

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Revue de presse

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