Louise-Bourgeois

Louise Bourgeois (1911-2010)



Biographie

L’art de Louise Bourgeois, décédée en 2010 à l’âge de 99 ans, n’a été reconnu qu’en 1982, lors d’une rétrospective au Museum of Modern Art de New York -la première consacrée à une femme. D’emblée, il apparaît comme une référence incontournable pour la jeune génération, qui découvre une production riche et variée dont l’unité réside dans les motivations profondes de l’artiste :

 

« Tout ce que je fais s’inspire de mes premières années. (…) Il faut abandonner son passé tous les jours ou bien l’accepter et si on n’y arrive pas, on devient sculpteur. »

 

Ces mots tirés de son autobiographie Child Abuse (1982) évoquent les traumatismes qu’elle subit dans l’enfance, dont le plus fort semble bien le ménage à trois imposé par son père sous le toit familial. Un journal intime tenu dès 1923 révèle une capacité étonnante à faire l’analyse objective de ses blessures psychiques, lesquelles deviennent les fondements de sa création artistique : il s’agit bien d’une cure psychanalytique destinée à exorciser le passé et le sublimer. La sculpture en particulier lui permet de donner une réalité physique à ses peurs avant de les « tailler en pièces » ; Louise Bourgeois l’affirme sans détours : « l’art est une garantie de santé mentale ». 

 

Formée très jeune à l’atelier de restauration de tapisseries tenu par ses parents à Choisy-le-Roi, elle étudie ensuite les mathématiques à la Sorbonne avant de fréquenter différents ateliers de Montmartre et de Montparnasse -où elle rencontre nombre de futurs grands noms- ainsi que l’École du Louvre. En 1938, elle s’installe aux États-Unis après son mariage avec le brillant historien d’art Robert Goldwater, qui l’introduit dans les milieux d’avant-garde américains.

Pourrait-on soupçonner l’immense culture visuelle de Louise Bourgeois, tant son œuvre certes polymorphe s’avère unique par son originalité, tout en laissant voir ici ou là une inspiration venue de styles divers, anciens ou modernes.

 

Si elle se dit existentialiste et non surréaliste, du fait « [s]on accès direct à l’inconscient ne passe pas par le rêve mais par la vie réelle », elle opère avec une totale liberté dans l’association des idées et des formes, qui apparaît déjà dans une série de peintures de 1945-1947, avec la figure de la femme-maison. Elle transposera bientôt dans la 3e dimension le thème de la maison, lieu des psychodrames, qui prendra au fil de sa carrière des formes très variées.

Le polymorphisme en effet caractérise ses œuvres, issues de formes recyclées par altération, accumulation, combinaison, ou de métamorphoses, réalisées en divers matériaux (du plus banal au plus noble), mises en place dans des contextes différents, ou encore par les idées liées à ces éléments formels, comme les correspondances « paysage-corps » ou « humain-animal ».

Dualité et ambiguïté imprègnent l’œuvre aussi bien dans la représentation (ex. : figuration-abstraction, masculin-féminin, organique-géométrique, etc.) que dans la sémantique (moi-les autres, douleur-plaisir, protection-agression, etc.) : c’est l’héritage de la rationalité de sa mère et de l’intuition du père, en même temps que le reflet de ses sentiments mêlant amour et haine.

Créer est avant tout un acte de réparation : « [Ses œuvres] étaient particulièrement laides et en même temps séduisantes », raconte la galeriste Lucy Lippard, à la recherche dans les années 1960 d’un « art qui bouscule l’hégémonie de la beauté ».

 

Son vaste corpus est traversé par un certain nombre de thèmes essentiels. Thème fondateur du faire-défaire-refaire ou travail sur ses souvenirs d’enfance qui ouvre sur l’espoir et l’amour, d’où le thème « Moi et les autres » qui sous-tend toute sa démarche ; lui-même est corrélé au thème du regard traité sous ses formes extrêmes, voyeurisme et cécité.

L’art de Louise Bourgeois accorde naturellement une place majeure à la sexualité, cause de nombre de ses souffrances, dont les moqueries de son père à son égard visant à nier sa féminité. Mais le refoulement est tel qu’elle mettra du temps à en mesurer l’importance dans son travail.

« Nous sommes tous vulnérables d’une façon ou d’une autre et nous sommes tous homme-femme. » (1976)

Omniprésente en effet est la fusion des contraires, vulnérabilité-agression, séduction-défense, attraction-répulsion.

« La vie de l’artiste est la négation de la sexualité [sublimation]. L’art vient de l’incapacité à séduire. Je suis incapable de me faire aimer. L’équation est en réalité celle du sexe et du meurtre, du sexe et de la mort. »  (1992)

De fait, la mort est convoquée dans son œuvre et même fantasmée sous forme de cannibalisme envers son père tant aimé dans The Destruction of the Father, qu’elle a intitulé également Evening Meal (1974) ; elle transpose aussi ses tentatives de suicide et son chantage à l’amour envers son père ; enfin, elle montre le cycle de la vie qui mène à la mort, toujours avec humour et dérision.

La dernière période de sa vie est parcourue par l’obsession du thème de la famille, hommage posthume à son mari, évocation de la vie de son fils, images d’accouplements et de la maternité à tous les stades, avec l’apparition de grandes aiguilles, annonciatrices de l’araignée gigantesque, tisseuse et protectrice, qu’elle finira par nommer Maman en 1999.

 

C’est à New York, dans les années 1940, que la solitude de la mère au foyer la mène peu à peu à pratiquer la sculpture, dont elle découvre alors le pouvoir exorciste. Elle s’empare bientôt du toit de son immeuble pour le peupler de Personnages, groupe de 80 figures verticales en bois, recréant ainsi tous ceux qu’elle avait laissés en France et qui lui manquaient malgré elle (1945-1955).

Subitement, elle s’empare de matériaux malléables, tels le plâtre et le latex, pour créer des formes molles : nids et tanières (Fée couturière, 1963). Elle transpose ensuite ces bulbes et creux en matériau dur (marbre, albâtre) ou mou pour la série des « Soft Landscape » et des « Cumul », en référence, dit-elle, au ciel et aux nuages, qu’elle considère comme apaisants. Mais le caractère sexuel de ces protubérances développées est pourtant explicite dans certaines œuvres de ces années 1960 (ex. : Fillette, 1968)…

 

La mort de son mari en 1973 l’engage dans un processus de liquidation des figures paternelles (The Destruction of the Father, 1974), où les formes sexuelles sont reprises dans un dispositif théâtralisé encore inédit et riche d’avenir.

Si la fin des années 1970 voit la création d’œuvres abstraites plus sereines, la violence est de retour dans les années 1980, avec notamment la figure maternelle de The She-Fox (1985), décapitée et amputée. Bientôt, à côté de ce type de sculpture traditionnelle, Louise Bourgeois donne une dimension architecturale à des œuvres en trois dimensions composées d’éléments divers, ce qui fait d’elle une pionnière incontestable dans l’émergence de l’« environnement », où la recherche du dialogue avec le regardant devient explicite. Il prend d’abord des formes abstraites mais dans les années 1990, apparaissent avec les Cells » de véritables « installations » où sont mis en scène des objets du quotidien comme ses anciens vêtements et parfois ses propres sculptures : ces cellules agissent comme des chambres magiques qui attirent le regard sur une souffrance du passé afin de l’exorciser.

 

Après avoir affronté les images du père et de la mère, elle représente, par le biais de ses « Red Rooms » (1994) en rouge passion et noir tragique qui figurent la chambre des parents et celle des enfants, la « scène primitive et tabou » à l’origine du complexe d’Œdipe, qu’elle parvient enfin à cristalliser dans Œdipus (2003), série de figurines en tissu.

Depuis la fin des années 1990, le tissu est en effet privilégié dans l’œuvre tardif de l’artiste qui en fait des emplois inédits : retour à la tapisserie de son enfance qui recouvre des colonnes-piliers et, surtout, création de sortes de poupées de chiffon grossières sur le thème de la famille mais aussi porteuses de la souffrance aux portes de la mort.

 

Ainsi, en créant dans le but de reconstruire son propre passé et de s’en délivrer, Louise Bourgeois a-t-elle rejoint du même coup les mythes universels. Pionnière pour le Minimalisme et dans le principe des installations, elle restera surtout dans les esprits comme l’artiste qui a aboli les frontières de tous genres avec une entière liberté.   

en lire plus >>

<< fermer

Expositions/Bibliographie

Fundació Antoni Tàpies, Barcelone, novembre 1990-janvier 1991

Louise Bourgeois : œuvres récentes, Musée d’Art contemporain, Bordeaux, 6 février-26 avril 1998, Centro cultural, Bélem (Portugal), 20 juin-29 août 1998, Malmö Konsthall (Suède), 11 septembre-1er novembre 1998

Louise Bourgeois, Destruction du père, reconstruction du père : écrits et entretiens 1923-2000, 2000

Intime Abstraktionen-Bourgeois, Akademie der Künste, Berlin, 4 juin-27 juillet 2003

Marie-Laure Bernadac, Louise Bourgeois, 2006

Jean Frémon, Louise Bourgeois, femme maison, Paris, 2008

Tate Modern, Londres, 10 octobre 2007-20 janvier 2008, Centre Pompidou, Paris, 5 mars-2 juin 2008, Solomon R. Guggenheim Museum, 27 juin-28 septembre 2008, Museum of Contemporary Art, Los Angeles, 26 octobre 2008-26 janvier 2009, The Hirschhorn Museum and Sculpture Garden, Washington D.C., 28 février-7 juin 2009

Fondation Beyeler, Riehen (Suisse), 3 septembre 2011-8 janvier 2012

Robert Storr, Louise Bourgeois : géométries intimes, Vanves, 2016

en lire plus >>

<< fermer

Revue de presse

http://www.newsoftheartworld.com/jeff-koons-cindy-sherman-remontent-moral-troupes/
http://www.newsoftheartworld.com/malaga-lart-au-soleil/
http://www.newsoftheartworld.com/warhol-bourgeois-fontana-le-bilan-des-ventes-dart-contemporain-chez-christies-et-sothebys/
http://www.parismatch.com/Culture/Art/Louise-Bourgeois-Itineraire-d-une-enfant-tourmentee-151334
http://www.lefigaro.fr/culture/2010/05/31/03004-20100531ARTFIG00728-louise-bourgeois-la-lionne-de-l-art.php
http://www.lefigaro.fr/culture/2008/03/03/03004-20080303ARTFIG00426-une-cote-exponentielle-venue-tardivement-reconnaitre-la-force-d-une-artiste-chere-aux-artistes-.php
http://www.beaux-arts.ca/fr/apropos/1034.php
 
https://i-d.vice.com/fr/article/leon-de-mort-avec-louise-bourgeois-au-guggenheim
http://mediation.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-bourgeois/ENS-bourgeois.html
https://artwithoutskin.com/2015/11/11/prix-record-pour-des-oeuvres-de-louise-bourgeois-et-de-lucio-fontana-chez-christies/
http://palagret.eklablog.com/maman-l-araignee-de-louise-bourgeois-un-monstre-dans-les-jardins-des-t-a115031274
https://www.rtbf.be/culture/arts/detail_la-genese-de-louise-bourgeois-exposee-dans-le-huis-clos-de-washington?id=9137691
http://www.newsoftheartworld.com/louise-bourgeois-creation-artistique-moyen-survie/

en lire plus >>

<< fermer

Soyez le premier informé dès qu'une œuvre de Louise Bourgeois
entre au catalogue

Créer une alerte

Vous pouvez être également intéressé par…

Bernard Buffet

3 œuvre est disponible
dans le
œuvres sont disponibles
dans le

catalogue premium