Li-Chevalier

Li Chevalier (1961)



Biographie

Née en 1961 à Pékin, Li Chevalier grandit dans une Chine dépossédée de ses traditions ancestrales et de son système éducatif par la Révolution culturelle. L’armée, alors seule institution à dispenser de l’instruction, la recrute à l’âge de quinze ans pour sa belle voix de soprano, tandis qu’elle dessine pendant ses loisirs. Démobilisée au bout de cinq ans, l’université ayant été rétablie après la mort de Mao, elle se lance dans l’étude de l’économie internationale, « le meilleur débouché vers l’étranger », et s’étant mariée avec un Français, arrive en France au milieu des années 1980. S’imposent alors un passage par Sciences Po et des études de philosophie politique à la Sorbonne car elle a besoin de comprendre quels sont les fondements du pouvoir dans nos démocraties, en tant qu’éclairage sur la dictature maoïste. 

Lors d’un séjour à Florence, la découverte de l’art de la Renaissance lui procure un choc qui détermine sa vocation de peintre et l’engage avec ferveur à rechercher la Beauté, dont elle avait été privée si longtemps. Mais à Londres, au célèbre Central Saint Martins College of Arts d’où elle sortira diplômée, elle découvre une nouvelle dictature, celle de la transgression esthétique en vigueur depuis la révolution opérée par Marcel Duchamp : c’est le début d’un combat contre cette orientation de l’art contemporain, que ce soit en Chine ou en Occident.

Passant d’un pays à l’autre, Li Chevalier adopte d’abord des formes d’expression occidentales et pratique la peinture à l’huile. 

Mais dès 2003 elle éprouve la nécessité de nourrir son art de ses racines asiatiques, à la faveur d’un séjour de deux ans au Japon : touchée par les formes sobres de l’esthétique zen qui imprègnent l’environnement, l’artiste renoue alors avec la traditionnelle encre de Chine pour créer un art pictural résolument novateur et chinois à la fois : elle intègre ainsi le courant de l’Encre expérimentale, qui se développe en Chine depuis le début des années 1980. 

Si le support n’est plus le papier de riz ou la soie mais la toile occidentale, si elle développe aussi des techniques de mix-media apprises en Europe -notamment sable, collages, quelques pigments-, les tableaux de Li Chevalier révèlent désormais une filiation certaine avec l’art traditionnel du paysage asiatique. 

À commencer par leur plastique dénotant une grande économie de moyens -nombre minimal de formes et de couleurs mais nuancées à l’infini grâce au pouvoir de l’encre-, courbes harmonieuses et fluidité des contours pour une union de l’ombre et de la lumière, rythme créé par des espaces laissés vierges et d’autres aux densités variables tout en pratiquant « l’accident contrôlé », principe du petit détail donnant de la profondeur à l’ensemble : absence d’artifice en adéquation avec le Tao qui vise le dépouillement jusqu’à atteindre spontanément la quintessence du geste mû par l’énergie de l’univers, dans un recours à l’intuition et non à l’intellect : « S’emparer du monde doit se faire sans action» (Lao Tseu) 

Les œuvres de Li Chevalier portent en elles ce qu’un Occidental définira comme une puissante intensité poétique, là où l’Oriental percevra de toute évidence une invitation à la méditation, moyen de s’élever au-dessus des contingences terrestres pour cheminer vers la paix intérieure et l’harmonie avec l’univers. Cette philosophie Chan -nommée Zen au Japon- très influencée par le Taoïsme, s’attache aux notions de modestie et d’ambiguïté, d’illusoire et d’éphémère, bien opposées à celles de grandeur, d’éternité et d’absolu valorisées par l’Occident : l’être humain, minuscule partie de ce monde, peut-il avoir des certitudes quant à sa compréhension de l’univers ?...

« Paysage au-delà du paysage », jing wai jing 景外景, formule le chinois : de fait, le monde façonné par Li Chevalier ouvre sur l’infini et l’intériorité à la fois. Il émerge d’un flottement continu entre figuratif et abstrait, flottement présent dans l’interpénétration des contraires -fidèle aux principes picturaux séculaires du Yin et du Yang- mais aussi dans la portée philosophique de l’œuvre, oscillant entre Orient et Occident comme semblent le révéler les titres des œuvres. 

À côté de tableaux d’essence Zen (La Voix du silence, 2006 ; Voie, 2011 ; L’illusion de lumière, 2015 ; Deux rives, 2015 ; Solitude qui habite l’homme, 2015 ; Le Vide, 2015 ; L’Homme qui médite vit dans l’obscurité, 2016), figurent des toiles évoquant des notions occidentales (Noumène, 2011 ; Volonté, 2014), tandis que d’autres émanent du questionnement de l’artiste sur son propre parcours, qu’il soit passé -Au-delà de l’horizon (2010), où le point d’interrogation renvoie au pourquoi d’un régime destructeur de l’homme et de sa culture tel que le Maoïsme- ou présent : confrontation de concepts philosophiques orientaux et occidentaux, représentés par l‘interaction du cercle, symbole de la vacuité et de l’achèvement dans le bouddhisme Zen, du « torii » ou portique japonais séparant le monde physique et le monde spirituel et de la croix chrétienne, révélée à elle par des Dominicains lors d’un séjour à Sienne (La tolérance du vide, 2008 ; Agnosticisme, 2010 ; Finitude, 2010 ; La Foi, 2010 ; Dogme et Tao, 2011, La théologie ; La philosophie ; L’homme-Dieu, 2013 ; L’Entre, 2015 ; L’origine du monde, 2015). Si l’Amour chrétien pour l’Autre la séduit, Li Chevalier ne cesse pourtant de redouter les dérives de tout grand projet de société visant à « transformer » l’homme, à savoir le risque de le chosifier et ce faisant anéantir « son désir pour le beau »

Ses angoisses dues aux violences du passé (contenues parfois dans le titre comme Volonté de puissance, 2014), sa révolte face à la Beauté interdite ou refusée perdurent et façonnent aussi ses toiles, « toujours en suggérant, jamais en imposant », dans une quête insatiable d’un idéal perdu ou interdit qui semble se confondre plastiquement avec le « silence de l’infini » chan.

L’art pictural de Li Chevalier vibre de cette philosophie mais elle admet que son cheminement personnel est complexe : « Mon âme est remplie d’un gramme de patience et d’une tonne de passion » ; « De la voie de la sagesse orientale qui prône équilibre et détachement et la via dolorosa du Christ qui couronne Passion et Rédemption, je dérive consciemment et sans regret. »

Une toile aujourd’hui à l’Ambassade de France en Chine -Symphonie du destin (2010)- par son thème universel semble bien réunir les pôles occidental et oriental, tout en évoquant la musique (en l’occurrence la 5e symphonie de Beethoven), autre passion de l’artiste et moyen d’atteindre « le beau et l’harmonieux [qui] peuvent (…) se réinventer de mille façons » : elle a poursuivi la pratique du chant et intégré le chœur de l’Orchestre de Paris pour se produire en Europe sous la baguette de chefs prestigieux, tel Semyon Bychkov. 

De sorte que la musique finit par être partie prenante du travail de la plasticienne : déjà présente dans nombre des titres de ses toiles -La nuit transfigurée (de Schönberg), Sacre du printemps (de Stravinsky), I hear the water dreaming (de Takemitsu), etc.-, elle est mise à l’honneur dans des installations monumentales organisées autour d’une multitude de violons de type occidental dont le dos est décoré de scènes ou de calligrammes. Musica dolorosa (2013) évoque son passé de chanteuse en Chine : les violons suspendus aux arbres d’une forêt ou jonchant les ruines d’une pagode sont ornés notamment de figures repliées sur elles-mêmes ou de visages aux yeux clos. Mais Symphonie visuelle (2013), installation de violons suspendus au milieu de rouleaux calligraphiés mise en scène à l’Opéra national de Chine -construit par le français Paul Andreu à Pékin- parcourue par Frédéric Laroque (violon solo de l’Opéra de Paris) improvisant, avant le concert inaugural dirigé par Philippe Jordan (directeur musical de l’Opéra de Paris), illustre le pont que l’artiste veut instaurer « officiellement » entre les deux cultures. Elle renouvelle l’expérience en 2014 pour la commémoration du cinquantième anniversaire des relations diplomatiques entre la France et la Chine : à la Base Sous-Marine de Bordeaux, Cantabile per archi –titre d’une pièce musicale du letton Peteris Vasks- sert de cadre à un concert du quatuor à cordes de l’Opéra de Paris. 

Le genre de l’installation semble indiquer un virage dans la pratique artistique de Li Chevalier, sans doute en phase avec un élan nouveau : « Je suis éprise d’absolu » ; « Aujourd’hui je suis sur le point d’abandonner le concept zen car l’art est cette soif d’absolu » ;  « L’artiste en quête d’absolu est condamné à « mourir » de passion, tel le Christ, avec l’espoir de ressusciter à travers ses œuvres. » 

Mais renoncera-t-elle à la philosophie orientale ?... « J’opte pour l’art comme foyer de retraite spirituelle, sans conviction d’atteindre un jour une paix intérieure prolongée."

(Martine Heudron)

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Expositions/Bibliographie

Musée des Beaux-Arts, Shanghai (Chine), décembre 2011

Li Chevalier, Visual Symphony, 2013

Cantabile per Archi, Base Sous-Marine, Bordeaux, 2014

Li Chevalier, Trajectoires du désir, Biennale de Venise et Musée d’Art Contemporain de Rome (MACRO), 28 janvier-26 mars 2017

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Revue de presse

http://www.rfi.fr/culture/20171117-li-chevalier-chine-france-art-encre-experimentale-symphonie-visuelle-polyphonie
http://www.lefigaro.fr/culture/2015/01/29/03004-20150129ARTFIG00362-li-chevalier-peintre-trait-d-union.php
https://www.franceinter.fr/emissions/la-fabrique-du-nouveau-monde/la-fabrique-du-nouveau-monde-26-mars-2015
http://www.ufeshanghai.com/news/li-chevalierentre-la-musique-et-lart-visuel-entre-paris-pekin
http://www.lichevalier.com/beaux-art-magazine
http://www.bernard-magrez.com/fr/le-carnet/lart-de-partager/li-chevalier-une-artiste-qui-fait-son-entree-dans-la-collection-de
http://midetplus.fr/portraits/li-chevalier-lencre-des-ames/
https://www.connaissancedesarts.com/art-contemporain/les-combats-interieurs-de-li-chevalier-1126264/
http://www.ladn.eu/mondes-creatifs/culture-live/devenir-artiste-dans-la-chine-de-mao/
https://chine.in/guide/chevalier_4231.html
http://www.sudouest.fr/2014/10/02/li-chevalier-en-lumiere-a-haut-bailly-1689953-3229.php
http://www.sudouest.fr/2014/05/30/d-encre-et-de-violons-1570682-2780.php

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Œuvres d'art de Li Chevalier

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