Léonard Tsuguharu-Foujita

Léonard Tsuguharu Foujita (1886-1968)



Biographie

Léonard Tsuguharu Foujita naît à Tokyo en 1886 d’un père général et médecin dans l’armée impériale et d’une mère qui meurt dès 1891. Dans ce milieu féru de culture et ouvert à l’Occident, le jeune garçon apprend le français dès l’école primaire, avant de s’inscrire aux Beaux-Arts de Tokyo où il étudie à la fois la peinture traditionnelle japonaise et la peinture de style occidental, dans une ouverture inaugurée par l’ère Meiji. Diplômé en 1910, il finit par réaliser son rêve en arrivant à Paris durant l’été 1913 ; il y découvre très vite Picasso et toute l’avant-garde artistique qui prépare déjà l’éclosion de l’École de Paris, après la fin de la Grande Guerre. Installé à Montparnasse, quartier favori des artistes, Foujita se nourrit aussi de ses visites assidues au Louvre et sa fascination pour l’art primitif se manifeste dans ses premières expositions personnelles en 1917 et 1919 : il oscille alors entre les influences gothique et japonaise, dans la représentation de sujets occidentaux intégrant la dorure -d’autant plus aisément que les fonds d’or existent aussi dans l’art pictural japonais- sur laquelle se détachent des figures cernées et sans modelé comme celles des estampes japonaises. Et il surprend le Tout-Paris par son goût pour les thèmes religieux d’Occident, révélant d’emblée une attirance pour la spiritualité chrétienne.

Inaugurées par un voyage à Rome et la découverte de l’art de la Renaissance italienne au Vatican où il rencontre le pape Benoît XV, les années 1920 voient la consécration de l’artiste à l’apogée de son art.

S’il fait sensation au Salon d’automne de 1922 avec son Nu couché à la toile de Jouy figurant Kiki de Montparnasse en odalisque au corps blanc sans modelé, Foujita, impressionné par le Michel-Ange de la chapelle Sixtine, se met ensuite à travailler le modelé de ses figures -même si la perspective est toujours aplanie dans ses compositions-, à l’aide de dessins préparatoires anatomiques puis de teintes grisées, tout en peaufinant une technique personnelle qu’il gardera secrète, nommée « nyuhakushoku » ou « blancheur de lait » par les critiques japonais. Il innove en mêlant technique orientale de l’estampe et peinture à l’huile : un cerne noir à l’encre tracé au pinceau fin dessine avec fluidité des formes modelées ensuite par frottements délicats, avant d’être recouvertes de très fines couches de pigments blancs ou légèrement colorés à l’huile ; puis l’artiste façonne les grands fonds blancs avec un chiffon imprégné de teintes noires, réservant une zone blanche autour des formes pour leur donner du relief. L’effet obtenu évoque la peinture sur ivoire, dans la translucidité laiteuse et nacrée de ces blancs qui font la célébrité de Foujita. Les tableaux se multiplient : portraits de femmes, d’enfants ou de chats, natures mortes, nus inspirés par sa nouvelle compagne qu’il surnomme Youki (« neige ») pour la blancheur de sa peau ou commandés pour décorer la Maison du Japon à la Cité internationale universitaire de Paris. Ces deux diptyques de format monumental (3 m x 3 m) -Combats et Grande Composition- font référence aux canons de l’art classique occidental, tout comme à certaines compositions de l’ukiyo-e aux multiples figures. Tandis qu’il suit la tradition japonaise en réalisant un dessin préparatoire de l’ensemble, découpé ensuite figure par figure avant de les reproduire droites ou inversées sur la toile. Créés en 1928 lors de ces Années folles -traversées par Foujita comme le plus dandy des artistes- ils semblent pourtant annoncer les temps à venir en symbolisant la guerre et la paix (rejetés par le mécène, ils sont aujourd’hui la propriété du Conseil Général de l’Essonne).

Sous le coup d’un redressement fiscal puis très ébranlé par l’idylle de sa femme avec le poète Robert Desnos, Foujita bascule dans une forme d’expressionnisme pouvant aller jusqu’à l’outrance, souvent riche en couleurs posées en aplat (comme dans l’estampe japonaise ou l’art moderne occidental) et qui n’est pas sans rappeler parfois le Douanier Rousseau dans la « naïveté » du dessin (Youki et le Lion). Il entreprend nombre de voyages et finit par s’installer à Tokyo où il rencontre la jolie Kimiyo, après avoir passé deux ans en Amérique latine aux atmosphères dynamiques et colorées qui le marquent durablement, comme en témoignent ses Fêtes des quatre saisons d’Akita, réalisées en 1937 pour relever le défi du plus grand tableau du monde (3,65 m x 20,5 m) lancé par un collectionneur japonais.

 

Désigné en 1938 par l’État japonais comme peintre attaché aux armées pour suivre les combats en Chine, Foujita revient en France en 1939 pour fuir la guerre mais l’arrivée des Allemands en 1940 l’oblige à rentrer au Japon afin de satisfaire au code de l’honneur. Nommé « chef des peintres officiels de l’Armée de terre de la Grande Guerre d’Asie », il est contraint de faire des tableaux de propagande prônant l’héroïsme guerrier mais il décrit bientôt les tragédies humaines générées par le conflit, dans des scènes de combat sombres et violentes de style occidental, qui font douter certains de sa contribution à des textes patriotiques largement diffusés (ex. : Mort lumineuse aux îles Attu).

Sa maison est détruite dans le bombardement de Tokyo en avril 1945 mais après la capitulation nippone, les Américains insistent pour que la mission de rassembler les œuvres de propagande afin de les envoyer aux États-Unis soit confiée à Foujita, qui devient ainsi un traître aux yeux de ses compatriotes.

Affecté par cette injustice, l’artiste décide de quitter le Japon pour toujours, clamant qu’un peintre ne doit œuvrer que pour « la paix et le beau véritable ». Grâce au général MacArthur, il peut enfin s’envoler en 1949 pour New York, où il tente d’échapper au passé en créant une imagerie idéalisée et un peu mièvre de l’enfance ou un monde d’apparence paisible, voire légère, où transparaissent cependant mélancolie et inquiétude mais aussi l’envie de revenir en France (Au Café, Hommage à La Fontaine, 1949).

Il débarque au Havre en février 1950, s’installe à nouveau dans un atelier à Montparnasse et persévère dans la figuration malgré la vague déferlante de l’Abstraction dans l’après-guerre, ce qui ne l’empêche pas de renouer avec le succès. Sa vie avec Kimiyo devenue son épouse est définitivement en France, dont il adopte la nationalité en 1955 puis la foi catholique en 1959, après une illumination mystique à la basilique Saint-Rémi de Reims ; il signera désormais Léonard, en hommage à un martyr du Japon et au célèbre génie de la Renaissance.

L’art religieux de Foujita, réapparu dès 1951, va s’épanouir dans sa dernière grande œuvre, la chapelle Notre-Dame-de-la-Paix à Reims, qu’il conçoit entièrement -avec l’architecte Maurice Clauzier- et couvre de fresques dans les années 1964-1966, comme son testament d’artiste prônant la paix et la beauté. Il y est inhumé depuis 1968 auprès de Kimiyo qui l’a rejoint en 2009, après avoir fait don en 1991 de leur maison-atelier de Villiers-le-Bâcle au Conseil Général de l’Essonne.

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Expositions/Bibliographie

Hommage à Léonard Foujita, Musée Central de Tokyo-Kyoto, 7 septembre-20 octobre 1968, Musée de la Ville de Kyoto, 24 octobre-24 novembre 1968

Sylvie Buisson, Léonard Tsuguharu Foujita, 2001

Anne Le Diberder, Foujita, le maître du trait, 2008

Foujita monumental, enfer et paradis, Musée des Beaux-Arts, Reims, 1er avril-28 juin 2010

Foujita, les Années folles, Fondation Dina Vierny-Musée Maillol, Paris, 7 mars-15 juillet 2018

 

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Revue de presse

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Œuvres d'art de Léonard Tsuguharu Foujita

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