Jaume-Plensa

Jaume Plensa (1955)



Biographie

Né en 1955 à Barcelone, Jaume Plensa étudie à l’École supérieure de dessin et d’art de la Llotja et à l’Académie royale catalane des beaux-arts de Sant Jordi. Depuis sa première exposition en 1980 dans sa ville natale, où il continue de travailler -ainsi qu’à Paris-, il parcourt l’Europe, les États-Unis et l’Asie pour créer, exposer, enseigner.

À ses débuts, le centre d’intérêt du plasticien est la figure, élaborée à partir de divers matériaux traditionnels (fonte, fer, bronze, bois, etc.) et d’objets de récupération, puis pendant une dizaine d’années, c’est au contraire l’absence de corps qu’il met en scène dans des installations montrant d’abord une succession de 24 portes éclairées d’une ampoule et sans accès (Wonderland, 1993) ; puis ce sont des cabines aux parois de verre ou de résine éclairées et inaccessibles, comme La riva de Acheronte (1994) où apparaît l’écrit : des extraits de la Divine Comédie de Dante sont gravés à l’intérieur et donc inversés pour le visiteur, de quoi susciter encore le mystère. On peut ensuite y pénétrer : Lady MacBeth, The traitor and the porter (2000) donne à contempler la dualité de l’existence, entre concret et abstrait, désir et répulsion, action et inaction, etc. Le recours au son, qu’il avait introduit dans Love Sounds, cabines de 1998, va être largement développé dans une installation de cymbales de bronze, suspendues à des cordes rouges gravées de vers de William Blake -tirés de The marriage of Heaven and Hell-, sur lesquelles viennent frapper des gouttes d’eau tombant du plafond qui font résonner toute une variété de sons (2003) ; il fera de même avec des gongs dans Jerusalem (2006), au Yorkshire Sculpture Park, ou des cymbales dans World Voices (2010) à Dubai, manifestant ainsi le lien universel créé par l’œuvre d’art. C’est, semble-t-il, aussi le cas lorsqu’il crée en 1992 un double monument à Auch en mémoire des victimes des inondations de 1977 en Gascogne évoquées par le récit biblique du Déluge, gravé sur une plaque de fonte d’où surgit en son centre un rayon lumineux scrutant le ciel -L'Observatoire du temps-, tandis que sur l’autre rive du Gers, quatre colonnes de fonte serrées symbolisent L'Abri impossible. À partir de 2003, écrit et sons sont associés dans ses rideaux de lettres suspendues à des fils cliquetant au passage d’un visiteur, en référence au Song of songs (Cantique des cantiques) -même si ce sont des extraits des auteurs préférés de Plensa (Blake, Dante, Baudelaire, etc.)-, où émotions et pensées sont sollicitées : « on aime aussi imaginer que le son étant des ondes qui se propagent, on pourrait rattraper dans l’espace toutes les paroles prononcées depuis le début de l’humanité », en référence aux « paroles gelées » du Quart Livre de Rabelais ; « nous ne remplissons pas l’espace nécessairement avec des objets physiques mais avec notre énergie » comme celle de nos pensées, selon l’idée de Blake.

 

Dès 2004, il renoue avec la figuration, condensant l’acquis des expériences passées qu’il réinvente dans Crown Fountain, située dans le Millenium Park de Chicago, « hybride de sculpture, d’architecture, de vidéo et des techniques de l’eau », qui parvient à fusionner les contraires, l’éphémère de la photo et la pérennité de la sculpture : deux tours gigantesques qui se font face deviennent des écrans pour un défilé de portraits numériques -ceux d’un millier d’habitants de la ville-, qui crachent de l’eau véritable lorsqu’ils ouvrent la bouche ; ils arrosent ainsi les citadins qui pataugent dans un bassin où se déverse aussi l’eau ruisselant en cascade sur un immense mur.

 

L’art de Jaume Plensa prend alors une nouvelle orientation, avec notamment son Autoportrait à l’arbre, statue assise (aluminium) enserrant l’arbre de vie, symbole de tous les vivants, et couverte de mots en relief tirés de ses lectures favorites, pour signifier que les livres opèrent sur nous une transformation intellectuelle et physique : l’artiste réinterprète la parole biblique « Le verbe s’est fait chair ».

Bientôt, inspiré par la maille de la conception 3D sur ordinateur qu’il utilise pour concevoir ses sculptures, il réalise des têtes en résille d’acier composée d’un enchevêtrement de lettres, portraits de jeunes filles uniquement, âgées de 8 à 14 ans - car « tout ce qui est important et qui marque notre vie est féminin »- aux yeux toujours clos : Nuria et Irma au Yorkshire Sculpture Park de West Bretton en Angleterre se font face dans un dialogue intériorisé, tout en intégrant l‘environnement par leur transparence. Puis il devient possible de pénétrer à l’intérieur de la tête : installée à Calgary, face au gigantesque bâtiment de Foster, Wonderland sert d’abri et crée un changement d’échelle inspiré par Alice au Pays des merveilles, tout en faisant jouer les contradictions (présence/absence, concret/abstrait, etc.).

 

Parallèlement, Jaume Plensa entreprend des sculptures à grande échelle, toujours en résille de lettres (d’acier ou de résine) qui prennent la forme d’un humain accroupi -en signe d’intériorité- mais au visage inachevé, comme souvent tout le devant du corps « pour y entrer par l’imagination ». Il étire de plus en plus les lettres car « elles sont nos racines » et ancrent la sculpture dans un lieu donné, de même qu’« il est beau de garder toujours mémoire de là où nous sommes nés ». Représentative à cet égard est L’âme de l’Èbre (aujourd’hui à Antibes), créée en 2008 pour l’Exposition internationale de Saragosse sur le thème « Eau et développement durable » afin de susciter une réflexion profonde, ou bien encore Source -le corps jaillissant d’un socle en forme de jet d’eau- installée à l’entrée de Montréal en 2017 pour son 375e anniversaire- qui magnifie le lien très fort des hommes et de l’eau dans l’histoire de la ville : il s’agit de fédérer toutes les énergies pour construire l’avenir. Dans une même optique, l’artiste s’empare du langage universel de la notation musicale pour créer Istanbul Blues (place Vendôme à Paris, lors de la FIAC 2012), puis une figure assise en méditation enveloppée d’une Sphère (aujourd’hui à Bordeaux) constituée d’éléments de multiples systèmes d’écriture, marquant la richesse de la diversité des cultures mais aussi la nécessité pour l’humanité d’une réflexion universelle. Ensemble -installé à la basilique San Giorgio Maggiore de Venise lors de la LVIe Biennale en 2015-, main bénissante faite de huit alphabets différents, suspendue sous la coupole, et tête de type oriental dans la nef, confirme le rôle important de la spiritualité dans ce dialogue entre les peuples.

 

Cette dimension s’associe clairement à la référence historique dans Dream, installé en 2009 sur le site d’une ancienne mine de charbon près de Liverpool (Angleterre), inaugurant une nouvelle série de têtes féminines monumentales, aux yeux clos et de type ethnique varié, mais « pleines » cette fois-ci (béton et dolomite d’Espagne, résine et marbre, albâtre, fer…) et qui parfois se font face (Love, Leeuwarden, Pays-Bas, 2017).

Les corps aussi peuvent devenir « pleins » et entiers à partir de 2007, avec Les Anges plaqués sur le mur au MAMAC de Nice, sans ailes et « trop gros pour voler. Ils nous représentent bien, avec tous nos défauts nous avons encore la capacité d’abîmer la vie ». Faits de résine translucide et animés d’une lumière interne, ils préfigurent des groupes de personnages en position de scribe accroupi comme eux mais en ville et perchés sur des colonnes d’acier hautes de 12 m ; la nuit, chacun est illuminé d’une couleur qui migre au fur et à mesure chez les autres. Conversation sur la place Masséna à Nice en compte sept, représentant les peuples sur les sept continents, tandis que l’éclairage en mouvement symbolise leurs échanges, porteurs d’espoir : ainsi « nous pouvons transformer nos défauts en qualités ».

 

Depuis le début de sa carrière, Jaume Plensa produit, indépendamment de la sculpture, un œuvre considérable sur papier, employant des techniques mixtes associant crayon, peinture aérosol, photo, cirage, sciure, le plus souvent en noir et blanc. Le relief donné à ses dessins par les collages de photos, de lettres en plastique, etc., leurs dimensions parfois hors du commun et leurs thèmes symboliques les rapprochent sensiblement de la production sculptée de l’artiste, désormais répandue sur toute la planète.

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Expositions/Bibliographie

Fundació Joan Miró, Barcelone, 1er décembre 1996-9 février 1997, Galerie nationale du Jeu de Paume, Paris, 25 mars-18 mai 1997, Malmö Konsthall, 31 mai-31 août 1997, Städtische Kunsthalle Mannheim, 20 septembre-9 novembre 1997

Jaume Plensa, l’âme des mots, Musée Picasso, Antibes, mai-octobre 2010

Jean Frémon, Jaume Plensa, 2013

Jaume Plensa, le silence de la pensée, Musée d’Art moderne, Céret, 27 juin-15 novembre 2015

Jaume Plensa, le cœur secret : entretiens 2000-2015, 2016

Musée d’Art moderne et contemporain, Saint-Étienne, 10 mars-17 septembre 2017

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Revue de presse

http://www.mam-st-etienne.fr/index.php?rubrique=260&rsrc=1271&rec=%7C%7C%7C
https://culturebox.francetvinfo.fr/arts/sculpture/jaume-plensa-et-ses-sculptures-miroir-au-musee-d-art-moderne-de-saint-etienne-256111
http://www.lapresse.ca/arts/arts-visuels/201709/06/01-5130680-jaume-plensa-la-source-du-bien.php
https://magazinart.com/lartiste-international-jaume-plensa-concoit-une-oeuvre-monumentale-pour-montreal/
http://www.lemonde.fr/culture/article/2010/08/26/le-monument-de-jaume-plensa_1403042_3246.html
https://www.lexpress.fr/actualites/1/culture/bordeaux-un-mecene-offre-une-sculpture-de-plensa-a-la-rue_1577772.html
http://www.paris-art.com/jaume-plensa/
http://www.musee-ceret.com/mam/exposition.php?expo=156&
https://www.connaissancedesarts.com/art-contemporain/jaume-plensa-corps-et-ame-dans-son-atelier-1136743/
http://www.luxury-design.com/gastronomie/vins-spiritueux/la-maison-ruinart-devient-mecene-de-jaume-plensa
http://www.lm-magazine.com/blog/2012/07/10/jaume-plensa/
https://www.culturopoing.com/scenes-expos/lame-des-mots-jaume-plensa-musee-picasso-antibes/20100901
http://www.artmag.com/museums/a_fr.html/afrIledf/afrpajp/afrpajp5.html
http://www.frac-picardie.org/E302/E302_PLENSA_DM_Water.htm
http://next.liberation.fr/culture/1997/04/08/arts-a-paris-expo-des-oeuvres-a-echelle-humaine-du-barcelonaisplensa-la-sculpture-chevillee-au-corps_203262
http://fr.artmediaagency.com/tag/jaume-plensa/
https://www.artcotedazur.fr/archives,302/en-ville,3/antibes,44/jaume-plensa-un-grand-homme-de-lettres,1669
https://www.atelier-calder.com/jaumeplensa.html
http://www.centredelagravure.be/fr/artists/980-plensa-jaume

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Jaume Plensa FIRENZE, 1992 peinture
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