Jacques-Villeglé

Jacques Villeglé (1926)



Biographie

Né en 1926 à Quimper en Bretagne, Jacques Mahé de la Villeglé dit Jacques Villeglé s’inscrit à la Libération à l’École des Beaux-Arts de Rennes puis à celle de Nantes de 1947 à 1949. La pénurie générée par la guerre atteint aussi les livres, de sorte que Villeglé est peu informé de l’art de son époque, si ce n’est la découverte d’Amour, peinture-poème (1926) de Miró, qui avait déclaré en 1928 vouloir « assassiner la peinture ». La récupération est donc répandue et en août 1947 à Saint-Malo, Villeglé recueille sur les vestiges du Mur de l’Atlantique des débris, « manière de se constituer un vocabulaire », dit-il. À partir de l’assemblage de fils d’acier qui forment « un dessin dans l’espace », il réalise sa première œuvre « finie » qu’il considère comme « un chef-d’œuvre » : Fils d’acier, Chaussée des Corsaires, Saint-Malo

 

Il collabore avec son ami Raymond Hains, qui met au point « l’hypnagogoscope » permettant d’obtenir des images « éclatées » en transparence par le biais de verres cannelés superposés à l’objectif, pour créer un poème visuel, Hepérile éclaté : le texte phonétique fait de mots inventés dûs au peintre-poète Camille Bryen (1907-1977), fondateur de l’Art informel avec Wols, est disloqué en « ultra-lettres » et devient ce que Bryen nomme « le premier poème à dé-lire ».

 

En février 1949, Villeglé et Hains se lancent dans une nouvelle aventure, la collecte d’affiches déchirées ; d’une série d’affiches de concerts récupérée sur une palissade à Montparnasse, ils réalisent ensemble une nouvelle « tapisserie de Bayeux » (2,60 m x 0,60 m) selon Hains : Ach Alma Manetro, fragments typographiques de Bach, métro de l’Alma, dans un jeu verbal mais aussi visuel auquel ne peut échapper le regardeur. Le résultat est donc une sorte de poème lettriste, sans doute sous l’influence d’Isidore Isou, fondateur du concept, qu’ils fréquentent au Café Moineau de Saint-Germain-des-Prés. 

 

L’affiche lacérée par des passants anonymes ou abîmée par les intempéries devient ainsi la matière première privilégiée de Villeglé, pour qui « la vie d’un artiste doit commencer par la flânerie », et il va prendre conscience que son œuvre constitue en quelque sorte une mémoire de la société française depuis la fin de la guerre : « En prenant l’affiche, je prends l’histoire. »

 

En peinture, l’art informel abstrait domine le Paris d’après-guerre sous différentes formes, comme le « matiérisme » de Fautrier ou Dubuffet, mais Villeglé suit une démarche différente, au point de revendiquer plus tard en souriant la pratique du non-action painting !  

 

Toujours attiré par la poésie, il rencontre en 1954 le lettriste François Dufrêne (1930-1982) qui organisera en 1959 une exposition du Tapis Maillot, ensemble posé au sol d’affiches annonçant les films des cinémas de la Porte Maillot, dont les lacérations ont produit de nouvelles distributions pour de nouveaux titres. Pour la première fois, il baptise ses affiches Lacéré anonyme

Car à l’instar de Guy Debord (1931-1994), créateur de l’Internationale lettriste et révolutionnaire qu’il fréquente à Saint-Germain, Villeglé veut « dé-signer » son travail pour laisser la parole aux murs de la ville, reflets de la « Comédie Urbaine » (Catherine Francblin) en écho à la Comédie Humaine de Balzac : « Cette notion d’anonymat m’a sauvé  car si j’avais produit moi-même des affiches ou des tableaux, j’en aurais fait un très calme le matin puis un autre expressionniste une heure plus tard. Or j’avais besoin, en tant qu’artiste, d’oublier mon identité et mes humeurs personnelles. Au moment où est apparue l’idée de ‘Lacéré Anonyme’, j’ai su que j’avais trouvé l’idée générale»

Ainsi ce qu’il retient est la date du prélèvement de l’affiche et non celle de son intervention ; il acceptera cependant de signer ses œuvres au moment de la vente afin de satisfaire les désirs de la clientèle. 

 

Anonymat ne veut pas dire pour autant négation de l’auteur : il fait un choix parmi les affiches collectées, le format étant pris en compte, opère un cadrage ou découpage puis réalise –jusqu’au milieu des années 1960- un encadrement par des bandes de papier monochrome avant de maroufler sur toile ; parfois il donne « un petit coup de pouce », en composant l’affiche à partir de différents morceaux. 

 

À l’encontre de la notion de ready-made de Marcel Duchamp, l’affiche lacérée par des inconnus devient un anti-objet, en tant que matériau de rebut. Mais cette appropriation directe du réel ainsi opérée par Villeglé est partagée par le mouvement des Nouveaux Réalistes, auquel il adhère en octobre 1960.

 

Carrefour Sèvres-Montparnasse, juillet 1961 (3,19 m x 8,10 m) marque le passage à des affiches présentant des personnages ou des objets. Le catalogue raisonné que Villeglé établit lui-même comprend aussi la catégorie des œuvres « sans lettre, sans figure », telle Rue René Boulanger-Boulevard Saint-Martin, juin 1959. Le 8 mai 1965, il entame une série faite de reproductions d’œuvres d’art, poursuivie jusqu’en 1985, qu’il baptise « la peinture dans la non-peinture ».

Ainsi Pierre Restany en 1971 peut affirmer que « l’extension du répertoire formel de l’affiche lacérée est pratiquement sans limite. Il va de l’expressionnisme au tachisme, de Matisse à Mathieu et de Mathieu à Mahé », tandis que Villeglé dit profiter de l’évolution du genre de l’affiche, dans la typographie, les couleurs, les slogans, mais aussi des aléas climatiques : les affiches lacérées par temps pluvieux prennent par la transparence des couches « un caractère impressionniste plus proche des Nymphéas de Monet que de l’expressionnisme de Van Gogh ».

 

Dans le métro, inspiré par les tags visibles après Mai 1968 et par un mur d’idéogrammes politiques au moment de la visite de Nixon à De Gaulle le 28 février 1969, Villeglé définit tel un historien tout un abécédaire socio-politique, une « héraldique de la subversion », qu’il peindra à la bombe sur la toile synthétique : L’Alphabet de la guérilla, octobre 1983

Plus tard, il élargit le champ des symboles (monnaie, religion…) pour créer une série de 237 ardoises d’écolier, La mémoire insoluble, juin 1998-2008 : tracée au Pentex ineffaçable, l’écriture de ces signes génère une mémoire qu’on ne peut en effet ni dissoudre ni résoudre, tandis que son caractère enfantin crée une poétique à double niveau. Villeglé s’empare aussi d’autres supports pour créer, souvent avec humour, des sortes de graffiti érudits.

 

Dans les années 1980, la politique parisienne de nettoyage des façades et de lutte contre l’affichage sauvage oblige Villeglé à s’en aller. Il entreprend à Lille la série Décentralisation, avant de lancer l’Atelier d’Aquitaine, équipe itinérante explorant le Sud de la France à la recherche de nouvelles œuvres. La Genèse-Boulevard de la Liberté, Agen, 12 mai 1997 est un panneau composé d’affiches de concerts de musiques populaires où désormais groupes et musiciens ne sont plus anonymes. 

« On passe, dit Villeglé, de la réalisation des œuvres à leur mise en scène, de la gestion des relations institutionnelles à la conception et la réalisation de catalogues ».

 

Son champ thématique aura été entièrement ouvert, depuis les affiches de spectacles ou de publicité jusqu’aux affiches politiques relatives par exemple à la guerre d’Algérie ou aux élections présidentielles, marquées ou non par les graffiti des passants à la bombe ou au marqueur. 

Si au départ « l’affiche transmet la parole culturelle dominante », elle devient une fois lacérée une « antidote contre toute propagande » et porte en elle le doute, qui peut constituer la vision politique de l’œuvre. En tant qu’archéologue de l’urbanité moderne, Villeglé veut rester neutre mais il ne peut s’empêcher de voir dans ses affiches lacérées « des arlequins blessés qui ‘libèrent la résonance intérieure des choses et des êtres’, qui démasquent le vide de notre société ».

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Expositions/Bibliographie

Jacques Villeglé, La traversée Urbi et Orbi, 2005

Odile Felgine, Jacques Villeglé, 2007 

Gérard Durozoi, Jacques Villeglé, œuvres, écrits, entretiens, 2008

Jacques Villeglé, La Comédie Urbaine, Centre Pompidou, Paris, 17 septembre 2008-5 janvier 2009

Rétrospective, Musée d’Art contemporain, Marseille, 2012

Mémoires : Jacques Villeglé, Musée d'Art moderne et contemporain de Saint-Étienne, 4 mars-22 mai 2016

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Revue de presse

http://www.lemonde.fr/culture/article/2008/09/22/jacques-villegle-un-artiste-s-affiche_1098111_3246.html
http://www.huffingtonpost.fr/alexia-guggemos/les-sourires-laceres-de-jacques-villegle_b_9714972.html
http://villegle.free.fr/
http://www.lefigaro.fr/arts-expositions/2014/04/21/03015-20140421ARTFIG00003-jacques-villegle-toujours-tete-d-affiche.php
http://www.telerama.fr/sortir/jacques-villegle-faire-des-affiches-apres-la-guerre-c-etait-lutter-contrer-l-esprit-de-vichy,141021.php
http://www.mam-st-etienne.fr/index.php?rubrique=31&exposition_id=303
http://www.lejdd.fr/Culture/Expo/Jacques-Villegle-J-avais-17-ans-et-je-me-suis-dit-je-veux-etre-un-artiste-783779
https://bscnews.fr/201111051883/Portraits/ecrire-avec-des-anonymes-lalphabet-de-jacques-villegle.html
https://www.connaissancedesarts.com/non-classe/bon-anniversaire-a-jacques-villegle-1142799/
http://mediation.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-villegle/ENS-villegle.html
http://artshebdomedias.com/article/160412-jacques-villegle-saint-gratien-eloge-du-signe/
http://www.liberation.fr/week-end/2008/08/23/les-affiches-lacerees-racontent-des-histoires_78552

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