Jacques-Monory

Jacques Monory (1934)



Biographie

Né à Paris en 1924, Jacques Monory grandit près d’un cinéma Pathé. Il se forme à l’école des Arts Appliqués comme peintre-décorateur et travaille durant une décennie dessin et publicité aux éditions d’art Robert Delpire où il découvre la photographie.

C’est dans les années 1950 qu’il se lance dans la peinture, oscillant entre surréalisme et style informel à l’instar de ceux qui préparent l’émergence de l’Abstraction Lyrique en France.

Cette période -dont il ne subsiste que 21 œuvres sur 199- s’achève lorsque l’artiste alors âgé de 40 ans crée son propre langage, sous l’influence du Pop Art américain et notamment d’Andy Warhol, conjuguée à la montée de la critique de la société de consommation et du rôle joué par les médias : en 1964, il rejoint de jeunes artistes, tels Bernard Rancillac et Hervé Télémaque, dont l’exposition Quotidiennes Mythologies organisée au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, révèle le courant de la Figuration Narrative, qui va s’affirmer avec Mai 1968 et ses aspirations démocratiques.

Adoptant désormais une démarche existentialiste, Jacques Monory -qui fait parallèlement œuvre d’écrivain et de cinéaste- opte pour une lecture personnelle des réalités banales ou extrêmes de notre vie quotidienne et de notre société, d’abord à travers sa propre expérience : l’abandon de sa femme en 1967 est à l’origine de Meurtre, sa toute première série (principe naturel pour une narration) dont le thème, reflet de son tempérament, -violence, mal, passion, désespoir et mort- donne d’emblée la tonalité dominante de sa future production, imprégnée d’un romantisme moderne non dénué d’ironie. Mais s’il développe peu à peu l’idée que chaque individu est une victime potentielle (il criblera de balles des miroirs intégrés ensuite dans ses toiles signifiant au visiteur qu’il est tué), Jacques Monory dès l’origine assigne à sa peinture la tâche d’exorciser la souffrance et la mort pour permettre finalement à la vie de triompher. Révélateur est Colour N. 11 (2003), citation d’une photo d’Agustín Casasola, Fortino Sámano avant son exécution, « exemple sublime », chez ceux qui ont beaucoup cheminé, « de pouvoir rire face à une situation désespérée ».

Soucieux de partager ses émotions avec les autres, il prend bientôt comme source d’inspiration principale des photos en noir et blanc qu’il fait souvent lui-même, à partir de films noirs américains vus dans sa jeunesse ou plus tard -tels Citizen Kane d’Orson Welles (1941) et Gun Crazy de Joseph Lewis (1950) ou Thelma et Louise de Ridley Scott (1991)-, d’imprimés ou d’émissions télévisuelles. Plus rarement, il peut s’inspirer plus ou moins directement d’œuvres signées Albrecht Dürer, Caspar David Friedrich, Édouard Manet, Edward Hopper ou Andy Warhol. Avec « le sentiment que même les images les plus réalistes sont des illusions », il les retravaille pour créer des « représentations symboliques d’une pensée » qui puissent susciter « le mouvement intérieur » chez le spectateur. « La peinture est un mensonge mais mes mensonges veulent dire quelque chose de vrai. » Et la peinture, même de loin, peut contribuer à changer le monde...

Dans ses scènes sanglantes comme dans ses paysages et visions extraordinaires du cosmos (peintes à partir de documents scientifiques), Jacques Monory adopte des compositions très variées, depuis le polyptyque d’inspiration médiévale jusqu’aux schémas publicitaires ; il affectionne le découpage en plusieurs parties, le chevauchement de différents niveaux narratifs correspondant aux plans-séquences du cinéma ou aux effets de miroir des Ménines de Velázquez et du Bar aux Folies-Bergère de Manet. Mais s’il vise d’abord à reproduire le mouvement cinématographique plus ou moins accéléré, Monory, fortement marqué par le court-métrage La Jetée de Chris Marker (1962), en vient à privilégier les arrêts sur image afin d’intensifier atmosphères et sentiments. 

Certaines périodes de son art montrent le recours à des couleurs associées, comme le rose et le violet de ses débuts ou, de 1977 à 1990, la série Technicolor, en référence directe au cinéma, qui juxtapose les trois couleurs primaires (bleu, rouge, jaune) et critique la stupidité du monde hollywoodien vivant pour la richesse et la célébrité.

Mais la marque de Jacques Monory reste le bleu monochrome, couleur déclinable à l’envi, à la fois onirique et froide (pour mieux raisonner), qu’il utilise comme filtre protecteur vis-à-vis de la représentation du mal dans le monde, « dans le sens d’un paradis perdu » ou « que peut-être le monde n’est rien d’autre qu’un rêve dans un rêve ».

Il affirme par ailleurs : « le double est un sentiment et une donnée dont je fais usage », les éléments contradictoires en peinture insufflant vie et justesse. D’où son intérêt pour les miroirs ou pour le tigre, symbole de force voluptueuse mais aussi de mort, qu’il associe à la femme, moteur originel de son propre langage pictural : « j’ai cette anxiété avec les femmes, j’ai toujours l’impression qu’elles cachent un revolver ».

(Martine Heudron)

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Expositions/Bibliographie

Jean-François Lyotard, L’Assassinat de l’expérience par la peinture, Monory, 1984

Monory : Toxique, Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, février-mars 1984

Musée de l’Abbaye Sainte-Croix, Les Sables d’Olonne, 20 juin-20 septembre 1998, Musée des Beaux-Arts, Chartres, 14 octobre 1998-4 janvier 1999, Musée municipal, Dôle, 6 mars-31 mai 1999 (texte d’Anne Dary)

Jacques Monory : détour (Épisode I), Musée d’art contemporain du Val-de-Marne (MAC-VAL), Vitry-sur-Seine, 18 novembre 2005-26 mars 2006

Pascale Le Thorel, Monory, 2006

Jacques Monory, Écrits, entretiens, récits, 2014

Fonds Hélène et Édouard Leclerc pour la Culture, Site des Capucins, Landerneau, 14 décembre 2014-17 mai 2015 (texte de Pascale Le Thorel)

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Revue de presse

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