Georges-Rouault

PeintureŒuvre sur papier

Georges Rouault (1871-1958)



Biographie

Bien que fils d’ouvrier, le jeune Rouault reçoit une éducation soignée axée sur la littérature et la philosophie mais aussi sur la peinture moderne de l’époque, comme celle de Daumier dont il est féru. Très tôt, il suit les cours du soir de l’École des Arts décoratifs, tout en travaillant dans un atelier consacré au vitrail, art qui le fascine. Il finit par entrer à l’École des Beaux-Arts, où il va nouer une relation filiale avec son professeur, Gustave Moreau, de sorte qu’il deviendra le premier conservateur du musée du maître. Pédagogue émérite, Moreau cherche l’épanouissement de la personnalité de ses élèves ; à l’encontre de l’académisme ou du naturalisme ambiants, il prône couleur et belle matière sans copie servile de la nature, en invoquant la nécessité d’exprimer une vision intérieure et une élévation spirituelle.

En 1895, Rouault s’éveille à la foi qui se manifeste aussitôt dans le choix de ses sujets, traités dans un clair-obscur rembranesque : Moreau y perçoit d’emblée sa vocation pour un art foncièrement religieux.

 

La détresse morale de Rouault provoquée par la mort de son vénéré maître en 1898 sera dissipée par la rencontre de Huysmans à l’abbaye de Ligugé en 1901, d’où le jeune artiste ressort déterminé à suivre sa voie artistique quoi qu’il arrive. Quelques années plus tard, il nouera durablement d’autres relations à dominante spirituelle : Léon Bloy qui pourtant fustigera dans ses articles l’art du jeune peintre va lui présenter Jacques et Raïssa Maritain, lesquels au contraire le soutiendront à tous points de vue.

 

Rouault en effet se met à adopter comme sujets favoris des prostituées vues dans leur intimité et traitées avec un « lyrisme outrageant », d’une manière tout à fait nouvelle qui déconcerte la critique : dessin noir au trait débridé, assorti de techniques mixtes à dominante bleue voire brune appliquées sur papier, pour camper des figures torturées ou hideuses, sans aucune charge érotique ni humoristique (Filles, 1905, Musée national d’Art moderne).

Cette violence gagne bientôt le monde du cirque et du prétoire (L’Accusé, 1907, Musée national d’Art moderne) puis toutes les couches de la société, des politiciens aux petites gens de la ville et de la campagne, rendant odieux les premiers, éveillant compassion pour les autres.

Jugées par Bloy d’une hideur indigne d’un croyant mystique tel que Rouault, ces œuvres, qui font écho à l’univers de Daumier comme aux propres livres de Bloy, témoignent du regard douloureux et révolté de Rouault face aux turpitudes de la société ; mais c’est surtout l’expression de sa foi chrétienne en la présence du Christ dans l’être le plus misérable et en la Rédemption : cette vision tragique relève donc d’un art profondément religieux.

 

S’étant réfugié dans le décor de céramiques pour faire vivre sa famille, il se remet à la peinture et découvre en 1913 une matière picturale semi-brillante et blonde, qu’il emploie pour composer un prototype riche d’avenir : un paysage imaginaire discrètement animé, rythmé par le cerne et structuré par ligne et couleur, avec au centre un chemin montant vers une tour et dans le ciel un globe solaire fortement cerné. Tandis que ses figures, souvent de face et circonscrites dans un cadre étroit, sont imposantes, avec leur épais cerne noir qui fait écho à l’art du vitrail.

 

Durant les deux premières décennies du XXe s., l’art de Rouault a donc acquis ses caractéristiques physiques et philosophiques. Mais ses travaux d’illustration de livres édités par Vollard l’empêchent de se consacrer pleinement à la peinture avant les années 1930.

Elle connaîtra alors, par-delà ses constantes et autour des mêmes thèmes, une évolution plastique continue, en lien avec la progression spirituelle de l’homme : après la résignation désolée, ses figures montrent une gravité stoïque, puis une douce mélancolie avant d’exprimer une véritable joie de vivre, tandis que la palette s’éclaircit toujours plus après 1930, combinant subtilement des tons froids et chauds.

 

C’est aussi l’époque où commencent à se multiplier les sujets chrétiens, épisodes de la vie du Christ, Saintes Faces, Passion et Ecce Homo où la souffrance du Christ se voit transmuée en une paix rayonnante émanant de son visage, préfiguration d’une Résurrection imminente. Rouault parvient à une synthèse remarquable entre le Christ douloureux de la fin du gothique et la divine majesté du Pantocrator byzantin.

Avec le Christ en banlieue de 1920-1924 (Bridgestone Museum of Art), il fait du paysage un sujet religieux et mystique, comme Rembrandt autrefois : même en l’absence de figures religieuses, même en présence de figures légendaires, les paysages des dernières décennies, baignés d’une lumière à la fois crépusculaire et irradiante, invitent au profond recueillement.

Intensité nouvelle de la palette, simplification extrême du dessin et composition plus architecturée qui acquiert la 3e dimension, sont magnifiées par la densité de la « matière-lumière » (cendres ou poussière et accumulation des couches picturales) qu’il va porter à son paroxysme.

Artiste solitaire et humble, il a fui érudition et théories pour bâtir un œuvre qui témoigne avec sincérité de son long cheminement spirituel : la terrible souffrance des débuts a fait place à la plénitude dans la contemplation silencieuse des mystères divins.

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Expositions/Bibliographie

Rouault, L’Œuvre peint (vol. 1, 1885-1929 et vol. 2, 1929-1956), 1988

Georges Rouault, Sur l’art et sur la vie, 1992 (réédition)

Rouault : première période, 1903-1920, catalogue de l’exposition au Musée national d’Art moderne de Paris et au Musée d’Art et d’Histoire de Fribourg (Suisse), 1992

Rouault, Forme, couleur, harmonie, catalogue de l’exposition au Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg, 2006

Georges Rouault : les chefs-d’œuvre de la collection Idemitsu, catalogue de l’exposition à la Pinacothèque de Paris, 2008

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Revue de presse

http://www.newsoftheartworld.com/georges-rouault-la-peinture-comme-chemin-spirituel/
http://www.rouault.org/
http://www.lefigaro.fr/culture/2008/09/17/03004-20080917ARTFIG00374-georges-rouault-peintre-mystique-et-universel-.php
https://www.lesechos.fr/01/02/2016/LesEchos/22119-051-ECH_georges-rouault-en-formation-chez-gustave-moreau.htm
http://www.japoninfos.com/quand-un-riche-japonais-s-entiche.html
https://jp.ambafrance.org/Exposition-Matisse-et-Rouault
http://www.lexpress.fr/actualites/1/societe/musee-gustave-moreau-comment-le-maitre-inspirait-son-eleve-georges-rouault_1761088.html
w.connaissancedesarts.com/art-contemporain/deces-du-galeriste-chozo-yoshii-1152628/
https://www.centrepompidou.fr/cpv/resource/c9n4Bkj/rGEnp8e
http://lyon.catholique.fr/?Georges-Rouault-a-Fourviere
https://www.connaissancedesarts.com/marche-de-lart/le-versailles-de-georges-rouault-1118697/
https://www.centrepompidou.fr/cpv/resource/cqraRz/r4rRL8y
https://inha.revues.org/6918

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