Gabriele-Münter

Gabriele Münter (1877-1962)



Biographie

Gabriele Münter naît à Berlin en 1877 d’un père dentiste et d’une mère américaine d’origine allemande. Pratiquant le dessin depuis l’enfance, elle est autorisée, grâce à l’entremise de son frère (son père est mort en 1886) à suivre des études d’art à Düsseldorf dans une « école pour dames », où se révèle d’emblée son goût pour la simplification des formes.

Le décès de sa mère en 1897 laisse un héritage lui donnant une indépendance rare pour les femmes de l’époque : elle part avec sa sœur visiter la famille d’Amérique, séjour de deux ans durant lequel la photographie -art qu’elle pratiquera avec bonheur jusqu’à la Première Guerre mondiale- révèle son talent pour la composition. De retour en Allemagne, elle se heurte toujours au refus des femmes dans les académies et prend en mai 1901 à Munich des cours de dessin trop classiques à son goût.

Au début de 1902, l’exposition de Die Phalanx, groupe d’artistes progressistes, marque un tournant décisif dans le parcours de Gabriele Münter : elle y rencontre Wassily Kandinsky qui devient son professeur et bientôt son compagnon en dépit de son statut d’homme marié, situation qui révèle le caractère libre et courageux de Gabriele.

Il lui enseigne la peinture en plein air et la technique du couteau à palette, dans une démarche impressionniste où la touche épaisse et fragmentée, dans une gamme de couleurs peu nombreuse, restitue de loin les formes compactes des objets (Kandinsky peignant un paysage, 1903).

Sous la pression ambiante, le couple s’échappe en juin 1904 en Hollande et c’est le début d’un périple de plusieurs années, passant notamment par Tunis et l’Italie, avant de se fixer pour un an à Sèvres près de Paris. Là, leur travail en commun au couteau atteint ses limites, en des touches très modelées qui tendent à faire disparaître le sujet. Mais Gabriele Münter suit bientôt son propre chemin : elle se met à la gravure sur bois -et sur linoléum-, prisée par les avant-gardistes français pour les aplats de couleurs et la simplification des lignes que cette technique impose, en phase avec son tempérament naturel (Kandinsky, 1906). Nombre de portraits confirment alors son talent pour capter les climats intérieurs. En 1907, sa participation aux salons parisiens lui vaut une première reconnaissance dans la presse mais elle retourne en Allemagne, sans doute à cause des conflits qui déchirent son couple, Kandinsky ne divorçant pas.

Ils se retrouvent cependant à Berlin et lors d’un voyage estival en 1908, découvrent au pied des Alpes bavaroises le village de Murnau-am-Staffelsee. L’année suivante, Gabriele Münter y achète une maison qui, tous les étés, accueillera nombre d’artistes de l’avant-garde, à commencer par Marianne von Werefkin et Alexej von Jawlesky. De son voyage en France en 1905, ce dernier a rapporté l’héritage de Gauguin transmis par Sérusier et Verkade devenus Nabis mais aussi celui des Fauves, notamment Matisse : l’impulsion est donnée à Gabriele Münter pour créer nombre de paysages résolument synthétiques, aux formes simplifiées cernées de noir et aux couleurs pures posées en aplat (Landschaft mit Weisser Mauer, 1910). Elle cofonde alors la Neue Künstlervereinigung München (NKVM) puis en 1911 Der blaue Reiter avec Kandinsky et Franz Marc pour promouvoir un art expressionniste allemand, à la suite du groupe Die Brücke de Dresde créé en 1905. Sa peinture affiche désormais une nouvelle puissance de la couleur, en aplat ou en modelé de touches larges -aux teintes hardies rappelant Matisse- selon les portraits, toujours empreints d’une fine acuité psychologique. C’est sans doute elle qui découvre la première à Murnau la peinture sur verre inversé bavaroise, qu’elle se met à pratiquer assidûment, bientôt suivie par ses compagnons. Elle s’inspire de cet art populaire et ancien mais aussi des dessins d’enfant et en constitue même des collections, dans sa recherche de l’ authenticité d’un art « primitif ».

Bientôt la guerre bouleverse son existence : Gabriele Münter se réfugie en Scandinavie en 1915 et Kandinsky, qui a divorcé en 1911, rejoint la Russie où il ne tarde pas à se marier, après avoir rompu définitivement avec elle en 1917. Cette période difficile voit l’émergence subite d’une production abstraite en taches colorées informes, tandis que quarante ans plus tard, elle expérimentera même l’abstraction géométrique. Mais elle n’abandonne pas la figuration qui adopte en 1917, sur le thème de la femme souffrante, une stylisation géométrisante, reflet de son état d’âme. De fait, après son retour en Allemagne en 1920, elle tombe en dépression chronique qui l’éloigne de la peinture jusqu’en 1925.

Un long séjour parisien à la fin des années 1920 ranime sa créativité, avant son retour définitif à Murnau en 1931. L’équilibre sentimental retrouvé en 1936 grâce à l'historien d'art Johannes Eichner qui défend son talent, Gabriele Münter peindra avec ardeur jusqu’à sa mort en 1962 : outre natures mortes fleuries et paysages, des scènes de travaux industriels, révélant l’influence de la Nouvelle Objectivité allemande (Baustelle an der Olympiastraβe, 1935).

En 1937, les Nazis lui interdisent d'exposer et taxent la production des membres du Blaue Reiter d’art dégénéré. En cachant ses collections dans le sous-sol de sa maison, Gabriele Münter en sauve une grande partie qui lui permettra d’organiser une rétrospective du Blaue Reiter à Munich après la guerre, tandis qu’une exposition de ses œuvres fait le tour de différents musées d’Allemagne à partir de 1950.

Après avoir donné en 1957 des pièces importantes -dont quatre-vingts œuvres de Kandinsky- à la Städtische Galerie au Lenbachhaus à Munich, Gabriele Münter fait le vœu que la « maison des Russes » de Murnau devienne un lieu de mémoire de la vie et du travail artistique accompli avec Kandinsky. Restaurée dans son état d’origine en 2014, cette demeure fait aujourd’hui revivre l’atmosphère qui y régnait avant la Première Guerre mondiale.

Depuis 1966, la Fondation Gabriele Münter et Johannes Eichner à Munich continue de conserver le riche patrimoine qu’elle nous a transmis.

(Martine Heudron)

en lire plus >>

<< fermer

Expositions/Bibliographie

Lenbachhaus (Städtische Galerie), Munich, 1957

Gabriele Münter 1877-1962 : Retrospektive, Städtische Galerie im Lenbachhaus, Munich, 29 juillet-1er novembre 1992, Schim Kunsthalle, Francfort-sur-le-Main, 29 novembre 1992-10 février 1993, Liljevachs Konsthall, Stockholm, 4 avril-31 mai 1993

Gabriele Münter, the years of Expressionism 1903-1920, Milwaukee Art Museum (Wisconsin), 5 décembre 1997-1er mars 1998, Columbus Museum of Art (Ohio), 18 avril-21 juin 1998, Virginia Museum of Art, Richmond, 13 juillet-20 septembre 1998 (texte de Reinhold Heller)

Gabriele Münter, une artiste du Cavalier Bleu, Musée des Beaux-Arts, Bordeaux, 22 octobre 2004-23 janvier 2005

Gabriele Münter und die Volkskunst, Musée du château de Murnau, 27 juillet-12 novembre 2017

Lenbachhaus (Städtische Galerie), Munich, 31 octobre 2017-8 avril 2018

Louisiana Museum of Modern Art, Humlebæck (Danemark), 3 mai-19 août 2018

Gabriele Münter, Malen ohne Umschweife, Museum Ludwig, Cologne, 15 septembre 2018-13 janvier 2019

en lire plus >>

<< fermer

Revue de presse

http://www.allemagnevoyage.com/villes/Munich/musees/Lenbachhaus.html
https://www.letemps.ch/culture/2016/08/16/vassily-kandinsky-gabriele-munter-jardin-labstraction
http://www.musba-bordeaux.fr/fr/article/gabriele-m%C3%BCnter-1877-1962
https://info.arte.tv/fr/gabriele-munter-femme-peintre-et-photographe
https://www.fondationbeyeler.ch/fr/expositions/expositions-precedentes/der-blaue-reiter/
http://www.museivaticani.va/content/museivaticani/fr/collezioni/musei/collezione-d_arte-contemporanea/sale-15-e-16--il-primo-novecento-in-germania/gabriele-muenter--stilleben-mit-herrgottswinkel.html
https://www.humanite.fr/node/316739
https://www.lacote.ch/articles/lifestyle/loisirs-et-culture/la-peintre-allemande-gabriele-munter-a-droit-a-son-google-doodle-313391

en lire plus >>

<< fermer

Soyez le premier informé dès qu'une œuvre de Gabriele Münter
entre au catalogue

Créer une alerte

Accédez aux
œuvres d'art de cet artiste à plus de 150 000 €
dans notre catalogue premium.