François-Pompon

François Pompon (1855-1933)



Biographie

Né en 1855 à Saulieu, François Pompon apprend dès l’enfance à dessiner avec précision, équilibre et goût auprès de son père menuisier-ébéniste, avant d’entrer à l’École des Beaux-Arts de Dijon puis de suivre les cours du soir de l’École des Arts décoratifs de Paris.

Pour gagner son pain, il devient praticien chez nombre de sculpteurs réputés, aussi divers que René de Saint-Marceaux, artiste officiel de la Troisième République, et Rodin, précurseur de la sculpture moderne. Durant ses rares loisirs, c’est dans son petit atelier parisien de la rue Campagne-Première ou au Jardin des Plantes qu’il travaille à sa propre sculpture consacrée essentiellement aux animaux, après avoir fait ses débuts dans la figuration humaine pour conquérir le Salon officiel (ex. : Cosette, Maison de Victor Hugo, Paris) et tenté d’obtenir des commandes de l’État, en vain malgré la délicatesse et la tendresse de ses portraits.

De fait, sensibilité et douceur, sincérité et sagesse, bonhommie et noblesse transparaissent sous les touffes de poils qui envahissent la face de Pompon, témoigne l’historien d’art Robert Rey (1927-1928). Et sa personnalité, tout comme son train de vie, ne sera pas altérée une fois le succès venu…

Dès 1884, on le voit modeler des oiseaux sauvages en terre cuite, dans un style romantique proche de Dubucand, élève de Barye, mais à partir de 1905 il prend pour sujets les volatiles de la basse-cour, à la faveur de séjours dans la campagne normande auprès de Saint-Marceaux. En 1906, la Poule cayenne exposée au Salon révèle d’emblée un style novateur dans l’art animalier, qui détermine l’orientation du sculpteur malgré le peu d’intérêt qu’il suscite. Dès lors, il trouve ses modèles à la campagne, tout comme au Muséum d’Histoire naturelle, surtout après la Grande Guerre qui causa l’abattage de la ménagerie, faute de moyens, et l’obligea à vivre d’expédients. Il aborde sans cesse de nouveaux sujets, y compris les animaux mal-aimés (taupe, hyène) ou jugés disgracieux (hippopotame, dindon), campés avec une finesse teintée d’humour, mais rares sont les portraits d’animaux de compagnie, qui comptent cependant sa petite chienne Nénette et le pigeon Nicolas, son compagnon à l’atelier

Heureux de l’étroite complicité qu’il sait développer avec les bêtes, François Pompon perçoit en elles le meilleur des sentiments humains -l’amitié notamment- et même des qualités divines, tout en appréciant leur silence et leur naturel durant les séances de « pose ».

Équipé d’un établi portatif, il modèle l’animal en tournant autour de lui et en lui parlant ou bien le dessine. L’esquisse modelée peut être modifiée à des années d’écart pour créer d’autres versions, comme après la guerre la reprise du Bison d’Amérique ou du Goret. Suivent des statuettes susceptibles d’être modifiées et des modèles en plâtre, avant l’étape finale de la taille directe ou de l’édition de bronzes. Il choisit la couleur ou le grain des roches en adéquation avec l’animal mais c’est le bronze à la cire perdue qu’il emploie le plus, le recouvrant de patines brunes ou rouges aux nuances variées complétées, à partir des années 1920, de patines vertes ou noires parfois rehaussées d’or pour évoquer la moirure d’un plumage (Pintade, 1918-1933).

Rares sont les compositions de groupe ou les têtes isolées comme celle de l’Orang-outan (1930-1931) et la majorité des œuvres sont de dimensions réduites sauf exception, telle la surprenante monumentalité de la Taupe en pierre dure de Belgique (1908) ! De sorte que ses sculptures restent longtemps considérées comme des bibelots sans intérêt, malgré un début de reconnaissance en 1919 avec l’entrée de sa Tourterelle au Musée du Luxembourg.

Écoutant Bourdelle qui lui conseille de travailler en grand, Pompon expose au Salon d’automne de 1922 le plâtre grandeur nature d’un Ours blanc qui lui vaut un succès immédiat et durable. Pour autant, l’artiste ne multipliera pas les grands formats : seuls certains oiseaux, comme la Grue couronnée au repos (1926), et quelques grands animaux nouveaux au répertoire, tels le Grand Cerf (1929) et le Grand Taureau (1933) atteindront leur taille naturelle.

 

Après tant d’années de persévérance silencieuse, voici donc l’artiste vieillissant soudain gratifié des honneurs et bientôt d’une notoriété internationale. Son Ours blanc -l’un de ses plus grands chefs-d’œuvre- entre au Musée du Luxembourg en 1929, en tant que manifeste d’un art animalier puissant et novateur, déjà en germe cependant dans la Poule cayenne de 1906 !

Comme toute une série d’oiseaux réalisée jusqu’à la guerre, elle montre en effet une simplification nouvelle des formes, rondes et lisses, associées à la pureté de la ligne, peut-être influencée par l’art égyptien copié au Louvre ou par la vision d’une oie « gainée de lumière » mais certainement par l’enseignement de Rodin, « artiste génial » : « copier la nature ne consiste pas à la reproduire trait pour trait ».

Dès 1905, François Pompon prend des libertés vis-à-vis de son modèle afin de rendre « le sens du mouvement » qui restera cependant contenu et serein. Il commence par rendre nombre de détails pour ensuite les éliminer progressivement jusqu’à une silhouette aux lignes pures et néanmoins identifiable, s’aidant des ombres projetées sur le mur de son atelier par l’éclairage à la bougie. Et pour donner vie à la sculpture, il évite les ombres dures en modifiant subtilement le modelé selon l’impact de la lumière : un jeu savant de plans, méplats et arêtes animent ainsi le corps lisse de son Ours blanc.

Le plus souvent, le processus est long avant d’aboutir à la forme lisse et synthétique : il retravaille des thèmes anciens mais aborde aussi de nouveaux sujets, comme la série de panthères marchant en 1921, qui atteint la perfection en 1929-1931 dans l’intensité expressive et formelle de la Grande Panthère noire. Mais loin d’une stylisation décorative, cette compacité géométrisante cherche avant tout à rendre la vérité foncière de l’animal, de sorte que certains détails qui lui sont spécifiques peuvent être notés.

Cette synthèse inédite entre réalisme et abstraction marque la grande originalité de la sculpture animalière de François Pompon.

L’artiste va jouer un rôle majeur pour l’anoblissement d’un genre considéré encore comme mineur (non enseigné à l’École des Beaux-Arts) même si, après la boucherie de la guerre, la représentation de l’animal tend à occulter sa sauvagerie au profit de sa force tranquille et de sa tendresse.   

Devenu célèbre à 67 ans pour un œuvre qu’il avait abordé à la cinquantaine, Pompon est aussitôt promu, bien malgré lui, chef de file d’un courant riche d’avenir, puisqu’il sera partie prenante dans les années 1930 d’un nouvel âge d’or de l’art animalier, qui essaimera longtemps encore après la Seconde Guerre mondiale.

(Martine Heudron)

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Expositions/Bibliographie

Robert Rey, François Pompon, 1928

Jean Dupont, Les Œuvres de François Pompon au Musée de Saulieu, 1983 

Catherine Chevillot, Liliane Colas, Anne Pingeot, François Pompon, 1855-1933 [catalogue raisonné], 1994

François Pompon : le retour du lisse, Musée d'Orsay, Paris, 18 octobre 1994-22 janvier 1995 

François Pompon, 1855-1933 : rétrospective, Musée des Beaux-Arts, Clermont-Ferrand, 14 septembre-25 octobre 1999, Galerie Brame et Lorenceau, Paris, 5 novembre-18 décembre 1999 

 

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Revue de presse

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