Émile-Bernard

Émile Bernard (1868-1941)



Biographie

« L’Art a été le combat de toute ma vie. »

 

Né à Lille en 1868 d’un père employé aisé de l’industrie textile, Émile Bernard manifeste très tôt un talent artistique et littéraire qu’il souhaite cultiver malgré l’hostilité parentale : après avoir copié la peinture ancienne et créé une revue avec le futur écrivain Louis Lormel, il est recommandé par Michel de Wylie, peintre russe voisin de ses parents à Asnières, et entre à l’âge de 16 ans dans l’atelier de Fernand Cormon à Paris, où il se lie d’amitié avec Louis Anquetin (1861-1932) et Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901).

Le jeune Bernard, bientôt chassé de l’atelier pour ses idées progressistes, entreprend en 1886 un voyage à pied en Bretagne jusqu’à Saint-Briac puis Quimper où il rencontre le peintre Schuffenecker. Celui-ci lui parle de son admiration pour un dénommé Gauguin et l’encourage à le rejoindre à Pont-Aven mais cette première rencontre reste vaine.

En 1887, Bernard peint des toiles pointillistes lorsqu’il devient l’ami de Vincent van Gogh (1853-1890), un habitué comme lui de la boutique du père Tanguy, marchand de couleurs à Montmartre.

Bientôt, subjugués par la collection de crépons japonais du Hollandais, Bernard et Anquetin abandonnent le « procédé ridicule » de Signac pour élaborer une théorie picturale opposée : ainsi naît le Cloisonnisme, inspiré du vitrail et de l’imagerie populaire, présenté fin 1887 au restaurant du Grand-Bouillon avenue de Clichy, où Gauguin fait la connaissance des frères Van Gogh. Avec ce qu’il appellera plus tard ses « synthèses géométriques », aux mises en page inspirées des estampes japonaises (ex. : Ponts de fer, Asnières), Émile Bernard est à coup sûr au cœur de l’avant-garde.

 

Au printemps suivant, il part pour la Bretagne à pied, s’arrêtant à Saint-Briac avant de rejoindre Pont-Aven et sa sœur Madeleine qui va devenir la muse des artistes. Vivement encouragé par Vincent, le jeune homme rencontre Gauguin qui cherche encore sa voie. Il note : « Le petit Bernard (…) a rapporté de Saint-Briac des choses intéressantes. En voilà un qui ne redoute rien. » Ainsi débute une collaboration intense qui donne naissance, en cet été 1888 à Pont-Aven, au Synthétisme, fondé sur une philosophie primitivisante -opposée au matérialisme et au positivisme montants, sur le travail de mémoire afin d’exprimer son intériorité et caractérisé formellement par un dessin simplifié, cernes des formes et couleurs posées en aplats.

Savamment illustré par les Bretonnes dans la prairie de Bernard, ce style, largement issu de ses travaux antérieurs, répond aux attentes de Gauguin qui reçoit en nourriture au même moment les lettres de Vincent van Gogh, porteuses d’une réflexion intellectuelle et spirituelle sur l’art et la place de l’artiste : il s’en empare aussitôt pour créer un symbolisme très personnel, qu’il ne cessera de développer par la suite. Cela lui vaudra en 1891 les louanges d’Albert Aurier, brillant critique d’avant-garde, mais ce dernier, en omettant de citer Bernard, provoquera brouille et rancœur à vie envers celui qu’il a institué comme « père du symbolisme en peinture ».

 

Dans les années qui suivent, outre les scènes bretonnes de la vie quotidienne, ses sujets oscillent entre l’amour vénal et la religion chrétienne -sa foi catholique s’étant ravivée au contact de la Bretagne-, à l’image de sa dichotomie personnelle : « Je fus putassier, mystique ; ascète par moments sadique à d’autres. Assez monstrueux en tout car j’adore l’exaltation, le néant, la mort. » (lettre à Schuffenecker, vers mai 1891) 

 

Malmené par la critique et délaissé par nombre de ses confrères, Émile Bernard est encouragé par le comte de La Rochefoucauld à rejoindre la Rose+Croix du Sâr Péladan mais la fuite de Madeleine, sa sœur bien-aimée, en Angleterre et le retour programmé de Gauguin en France finissent par le décider à quitter le pays en 1893.

Après un séjour en Italie passé à étudier les « Primitifs » et à côtoyer Paul Sérusier et Jan Verkade, il travaille à Samos à des fresques religieuses au couvent des Missionnaires qui le mènent peu à peu jusqu’en Égypte. Séduit par cette « terre sensuelle et grave » et par Hanenah, jeune Arabe chrétienne, Bernard se marie et s’installe au Caire.

Dans un style synthétique modéré, il traite alors des sujets tirés du quotidien oriental en peinture ou, après un séjour à Jérusalem, issus du primitivisme religieux en gravure destinés à L’Ymagier.

 

Ébranlé par la mort de Madeleine qu’il venait juste de retrouver et en manque de civilisation occidentale, il rejoint l’Espagne en 1896 et s’installe avec sa famille en Andalousie, où il découvre émerveillé la peinture de Zurbarán. Il y retrouve aussi le peintre Ignacio Zuloaga qui restera son ami. Mais il frôle la mort, subit la maladie de ses deux fils, accusant sa femme de négligence, et finit par rentrer au Caire en 1897.

Après la mort successive de ses enfants, Bernard, influencé par la peinture espagnole, recherchera désormais son « idéal de Beauté » dans le « modelé » achevé de la forme et dans « le coloris vénitien », s’éloignant du même coup de l’avant-garde parisienne, dominée par les Nabis et l’Art nouveau. Il réalise une série de grandes toiles conçues comme un « livre racontant l’Égypte à l’Europe », avant de se remettre à des sujets chrétiens pour une exposition d’art religieux à Bruxelles.

 

Cédant à la pression de ses parents, Bernard revient en France en 1901 avec son dernier fils Antoine. Après le succès d’une exposition particulière chez Vollard, il repart en Égypte accompagné d’Andrée, sœur de Paul Fort, qui ne le quittera plus.

Il finit par rentrer en France en 1904 avec Andrée et les enfants, commençant par rendre visite à Cézanne, peintre qu’il a toujours admiré et défendu dans ses articles. Il publie un nouvel article sur le vieil artiste enfin reconnu et se met à peindre sous son influence, même après son installation à Tonnerre en Bourgogne.

En 1905, il s’engage dans la fondation de La Rénovation esthétique pour lutter contre « la décadence du Beau » en défendant la grande tradition. Installé dans un atelier rue Cortot à Paris, Bernard s’attache au Nu à partir de 1910, avant d’entreprendre Le Cycle humain, « synthèse héroïque de l’histoire de la civilisation » (Fred Leeman, 2013) et enfin, retournant aux sources en 1933, la décoration murale de l’église de Saint-Malo-de-Phily en Bretagne.

 

Émile Bernard est représenté dans nombre de collections publiques, comme la Kunsthalle de Brême (Allemagne), le Musée Van Gogh d’Amsterdam, la National Gallery of Australia, le Philadelphia Museum of Art, Indianapolis Museum of Art, les musées des Beaux-Arts de Valenciennes, Rennes, Nantes, Quimper et Brest, ainsi que le Musée Toulouse-Lautrec d’Albi.

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Expositions/Bibliographie

Émile Bernard (1868-1941), a pioneer of Modern art, Städtische Kunsthalle, Mannheim (Allemagne), 12 mai-5 août 1990, Rijksmuseum Vincent Van Gogh, Amsterdam (Pays-Bas), 24 août-4 novembre 1990

Rétrospective, Fondation Mona Bismarck, Paris, février-mars 1991

Musée Balore, Nîmes, 1993

Fred Leeman, Émile Bernard (1868-1941), Paris, 2013

Musée de l’Orangerie, Paris, 17 septembre 2014-5 janvier 2015

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Revue de presse

https://www.lequotidiendelart.com/articles/6333-emile-bernard-une-autre-voie-pour-la-modernite.html
http://www.musee-orsay.fr/fr/evenements/expositions/hors-les-murs/presentation-generale/article/emile-bernard-41170.html?cHash=864b2c9f53
https://www.inha.fr/fr/ressources/expositions/en-2012/emile-bernard.html
https://www.boutiquesdemusees.fr/fr/beaux-livres/emile-bernard-sa-vie-son-oeuvre-catalogue-raisonne/7383.html
http://www.huffingtonpost.fr/morgane-ortin/lettre-de-paul-cezanne-a-emile-bernard-le-louvre-est-le-livre_a_22057965/
http://www.grandpalais.fr/fr/article/le-cloisonnisme
http://next.liberation.fr/arts/2014/10/10/la-peinture-d-emile-bernard-sort-de-l-ombre_1119025
http://www.mbaq.fr/fr/nos-collections/ecole-de-pont-aven/emile-bernard-la-ronde-bretonne-527.html
http://www.bilan.ch/etienne-dumont/courants-dart/parisemile-bernard-genie-20-ans
http://www.musee-orsay.fr/fr/collections/oeuvres-commentees/recherche/commentaire_id/autoportrait-symbolique-20653.html?no_cache=1
http://www.roubaix-lapiscine.com/collections/acquisitions/emile-bernard-lille-1868-paris-1941/
https://www.connaissancedesarts.com/peinture-et-sculpture/emile-bernard-le-grand-oublie-114130/
http://www.bretagne.com/fr/culture_bretonne/peinture/emile_bernard
http://www.amisdulouvre.fr/nos_acquisitions/collections-nationales/2012/collections-la-moisson-fr.htm
https://www.connaissancedesarts.com/peinture-et-sculpture/orsay-signe-un-contrat-de-partenariat-avec-le-musee-de-pont-aven-1158044/
http://www.musee-orsay.fr/fr/collections/oeuvres-commentees/recherche/commentaire/commentaire_id/madeleine-au-bois-damour-23.html?no_cache=1
http://www.amisdulouvre.fr/nos_acquisitions/collections-nationales/2012/collections-emile-bernard.htm
http://www.latribunedelart.com/emile-bernard-1868-1941-5434
http://www.lespressesdureel.com/ouvrage.php?id=2226

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